mercredi 8 août 2012

zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

encore deux semaines et je m'en reviens avec plein de nouveautés dans les esgourdes.
En attendant, j'en glande pas une et je suis en vacances (comment ça je l'étais déjà avec le nombre plus que limité de notes que je publie en ce moment ????)
Autrement, pour rester dans la thématique, clip magnifique proposé par une compatriote régionaliste de bon goût, assurément, lamissmarinadu53

mercredi 1 août 2012

Spiritualized : sweet heart, sweet light

Vous allez me dire :
"la myrrhe, t'abuses. Parler d'un album sorti il y a plus de trois mois dont tous les journaux spécialisés, les blogs, s'accordent à dire que c'est probablement un des trois plus grands disques de cette année, tu te foutrais pas un peu de la gueule du monde ? Et surtout, tu vas faire quoi ?  ton snob et démontrer par A+B et avec des arguments à la con que cet album est une grosse daube bien puante ne méritant même pas une ligne dans la rubrique merde écrasée ? C'est ça hein ?"
Autre chose : au cas où, par le plus grand des hasards, tu te rangeais derrière l'avis unanime des critiques/blogueurs/etc..., qu'apportera ta note par rapport au concert de louanges dont a bénéficié ce disque ? hein ?? alors, tu vas répondre ??
Putainnnnnnnnnn, vous n'y allez pas avec le dos de la main morte vous hein !!!!
Pour commencer je dirai que moi et Jason Pierce, ça n'a jamais été vraiment le grand amour. J'apprécie dans les grandes lignes ce qu'il fait avec Spiritualized mais pas de quoi me faire relever la nuit pour l'écouter en boucle, pas spécialement de signes d'addiction, rien. Pourtant, j'ai commencé à sentir un frémissement de dépendance lors du songs in A&E de 2008. Pas trop non plus hein, mais il y avait quelque chose.
Vous me direz : "et ladies and gentlemen...il pue du cul ?" certes non, mais s'il contient de véritables morceaux de bravoure, je n'accroche pas à tout, j'irais même jusqu'à dire que je le trouve inconstant.
Propos que je ne tiendrai pas face à sweet heart, sweet light sorti en avril dernier. Bien au contraire. Il m'a fallu trois mois pour l'assimiler complètement mais là je dois avouer que je ne décroche pas.
Bon, la première écoute ne m'avait pas convaincu plus que ça, pour tout dire j'ai failli me taper une indigestion : une couche de chantilly, une grosse dose de miel, du sirop bien gluant, bien épais, au litre, pour peu que vous soyez diabétique des conduits auditifs, c'est un coup à se retrouver aux urgences en moins de temps qu'il n'en faut.
Mais bon, le temps faisant son office je me suis retrouvé à l'écouter de plus en plus souvent, à en capter l'essence pour finir par en être littéralement retourné. Maintenant chaque fois que je l'écoute, j'en ai les tripes broyées, les glandes lacrymales fonctionnent plein tube, je suis presque obligé de m'auto-perfuser pour ne pas finir complètement déshydraté.
La raison de ce retournement de situation ? Peut-être parce que sweet heart, sweet light est tout simplement brillant. Pour d'innombrables raisons. Musicalement d'une richesse incroyable, Pierce parvient à couvrir un siècle de musique sur une heure sans être rébarbatif. Sweet heart, sweet light (dont la référence au Velvet Underground ne vous aura pas échappé) est en premier lieu un hommage, gargantuesque, à la musique américaine sous toute ses formes.Des origines (le gospel) jusqu'à maintenant (le rock), l'appétit de Pierce semble être insatiable. Tout particulièrement lorsqu'il aborde le psychédélisme. Là, force est de reconnaître qu'il connaît son sujet sur le bout de la cuillère. Que ce soit le néo-psychédélisme façon Mercury Rev (huh ? intro, ou life is a problem, tout droit sortis du deserter's song), la pop sous acides des Beach Boys ( hey jane ne serait-il pas son good vibrations personnel ?), la world ( get what you deserve et ses cordes orientales), la musique concrète   (headin' for the top now comme du Steve Reich qui forniquerait avec Kevin Shields sous le haut patronage de Glenn Branca), le free-jazz (I am what I am) ou encore vu au travers des yeux de Gainsbourg (little girl, véritable concentré de melody nelson sur trois minutes), sweet heart sweet light ressemble à une putain de réinterprétation des saintes écritures du psychédélisme par un Pierce en forme olympique. Le gars se permet en plus de manier les saveurs comme personne : le doux, le sucré, le salé, l'acide, l'aigre et ce au travers d'arrangements d'une rare pertinence ( exemple remarquable avec too late : ce pourrait être une guimauve sans intérêt à la walt disney des trente dernières années cependant  l'intelligence des arrangements, des cuivres,des claviers jusqu'aux cordes en fait une merveille d'émotion). En limitant l'instrumentation de son album à l'organique ( pas d'utilisation d'électronique ou d'ordinateur ici mon bon môssieur, que du fait-main, de la musique cousue aux petits oignons, faite avec amour et même que si tu écoutes bien tu trouveras une scie musicale)  Pierce se sort les doigts du cul et pond un album à l'ancienne comme on n'en avait pas entendu depuis des années. Le regard dans le rétro certes, nostalgique probablement  mais d'une dignité forçant le respect.
 Dignité est aussi le mot qui me vient quant au fond de l'album. Si la forme est magnifique, le fond, en revanche, est d'une beauté absolument renversante. Rarement il m'a été donné d'approcher de si près l'affect d'un chanteur. Sweet heart sweet light est une véritable mise à nue de l'âme de Pierce. Hommage à sa mère disparue, aux excès qui l'ont renforcé en le tuant à petit feu, sweet heart est un disque de rémission, de capitulation face à la mort, un disque de vie éclatant, une catharsis d'une putain de dignité. Pierce est revenu de tout, l'explique de façon émouvante, absurde (life is a problem), l'égo  toujours aussi surdimensionné ( I am what I am) mais avec un recul bienvenu. Son so long you pretty baby final sonne comme une réponse au rock'n roll saved my life de Lou Reed (d'ailleurs le morceau ressemble étrangement au sad song du berlin soit dit en passant) et une véritable déclaration d'amour à la musique.
Quand je prends en compte tous ces éléments, paroles et musiques comme auraient dit Lambert et Anconina, je me dis queSweet heart sweet light ressemble au disque d'une vie, le genre que Pierce  ne pourra faire qu'une fois. Un disque somme car sans barrières, réfléchi et totalement inconscient, un hommage vrai au psychédélisme. D'ailleurs quand l'écoute de sweet heart... se termine, la pochette du disque finit par prendre tout son sens : uh ? est la réaction estomaquée qu'on a quand résonnent les dernières notes de so long you pretty baby, c'est l'uppercut qu'on vient de prendre au bout d'une heure d'écoute.
Dans le sens grec du terme, psychédélisme signifie le révélateur de l'âme. Sweet heart sweet ligt n'est ni plus ni moins que ça : la plongée dans l'âme de Jason Pierce. Une bien belle âme ma foi.


jeudi 26 juillet 2012

Saskia : dreamer

PPfffffiouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu fait chaud hein ???!!
besoin d'un rafraîchissement ? J'ai en stock, rien que pour vous, un bon folk glaçant comme on en fait plus depuis Nico.
 Enfin, Nico c'est tout de même un peu exagéré mais pas depuis Cat Power et son excellent you are free (bientôt 10 ans tout de même). Le rafraîchissement en question se nomme Saskia et outre la voix, l'univers, elle a en commun avec Chan Marshall d'être produite par Jim White de Dirty Three. La jeune femme vient de Melbourne, Australie et pratique un folk/slowcore à deux de tension les jours de grandes frayeurs.
Ok, on a déjà écouté ça des milliers de fois mais là on joue dans la catégorie des élites. Les Hope Sandoval, Chan Marshall, Cinthya Dall entre autres... Une voix, une guitare, un brin de talent et hop la magie opère de nouveau même s'il n'y a rien de bien neuf là dedans.
En revanche quand elle vire la guitare pour le piano, on entre dans une autre catégorie. Le folk devient expérimental, l'atmosphère étrange. Lynch et son cortège de bizarreries s'invite à la table et y fout un boxon inattendu, let your dreams aurait très bien pu servir de chanson dans le cabaret silencio de Mullholand Drive au moment où tout bascule. Pas étonnant également qu'elle compte dans ses fans Tim Burton tant l'atmosphère gothique se dégageant de certains morceaux pourraient de même être inclus dans ses B.O.
Dreamer, album évoqué ci-dessus, est sorti en décembre 2010. Vous pourrez le télécharger gratuitement sur son bandcamp en excellente qualité (320 kbps) ainsi que toute sa discographie. Autre bonne nouvelle, elle prépare son véritable premier album qui devait sortir avant la fin de l'année.


vendredi 20 juillet 2012

Stagnant Pools : temporary room

Faisons fi de toute aversion, de la rancoeur accumulée ces derniers temps avec ces chroniques malséantes au travers desquelles j'étalais mon mauvais karma auprès de lecteurs assidus ahuris, étonnés par tant de négativisme. Je me dois de cesser cela incessamment sous peine céder aux sirènes de la haine ordinaire.
Alors oui, aujourd'hui je vais aimer, aimer très fort ce qui va suivre. Car il faut savoir parfois n'être que paix intérieure, amour et condescendance. Ou comme le dit si bien le grand philosophe fiscal Patagonien : il faut savoir aimer.
Vous allez me dire : me suis-je envoyé la discographie complète de Pierpoljack ou encore Tryo pour sortir de telles conneries ? Pour verser dans un tel sentimentalisme primaire.Ai-je consommé les champignons de l'amour pour raisonner ainsi ?
Mais que nenni. Je les incague moi ces mous du bulbes. Aujourd'hui, ça va chier la bite !!! Aujourd'hui est un jour où je vais parler de rock sale. Pas celui aseptisé de Jack White. Non, un truc vraiment dégueulasse,crade, fait avec deux accords et une putain d'énergie, un truc à vous faire lever l'ithyphalle las du Sieur Manoeuvre. Un exploit.
Souvenez-vous, dans les années 80 quand les frangins Reid réveillaient le rock moribond depuis quelques années, avec leur mur du son bien crade, leurs deux accords, leurs rythmes bi voir mono-naires et leur légendaire psychocandy. Ben cette année c'est aux frangins Enas ( Bryan et Douglass, 21 et 22 ans) et leur groupe Stagnant Pools de prendre le relais des frères Reid. Comme les frères Reid, ils ont :  le son (relativement dégueulasse), l'énergie, la simplicité, l'immédiateté, l'urgence. Un album doit faire maximum 3/4 d'heures, contenir plus de 10 morceaux et  ceux-ci ne doivent pas dépasser les 4 minutes sous peine de faire chier l'auditeur. Telles sont les saintes écritures édictées par les frères Reid et devant lesquelles les américains se prosternent nuit et jour et appliquent les préceptes avec une ferveur de disciple trépané.
 Nonobstant, à partir du stun, sixième morceau, s'opère un changement radical. Les frères Enas ont découvert une annexe des saintes écritures : le nouveau testament selon Saint Shields. Après réunions houleuses, tergiversations diverses et variées, brainstorming  intense, ils décident de l'appliquer en sus de l'ancien testament . Dès  ce moment........ rien ne change vraiment en fait. Les morceaux s'enchaînent sans temps mort, les changements d'accords se font toujours aussi rares, le batteur applique son Moe Tucker pour les manchots avec une application rare, le son devient de plus en plus dégueulasse (le pompon étant décroché par waveland, limite audible mais alors absolument jouissif) mais les mélodies, simples vu le peu d'accords utilisés,  vous restent vissées dans le crâne de façon irrémédiable.  Il y a dans temporary room une fougue, une sincérité désarmante qui fait plaisir à écouter  : les gars savent à peine maîtriser leurs instruments ( pas de solo, accords et arpèges simples) mais ils en sortent une tension, une urgence que je n'avais pas entendu depuis l'excellent get colors de HEALTH. Stagnant Pools n'inventent rien avec leur premier album (un mix de My Bloody Valentine, Killing Joke, Jesus & Mary Chain, quelques lignes mélodiques sorties du mistress électrique de Red House Painters -dead sailor-, un peu de Joy Division. Beaucoup les sortent ces temps-ci ces références.) mais ont déjà une identité qui leur est propre. Ce qui est, je dois l'avouer, énorme.

Un dernier point que je tenais à soulever : choisir comme pseudonyme un des plus beaux morceaux de Felt finit par ne laisser aucun doute quant à la qualité de l'album en question et à la classe du groupe.

écoute et achat  ici

mardi 17 juillet 2012

l'hémorragie auriculare du jour

L'hologramme est le produit de l'holographie. Il s'agit historiquement d'un procédé de photographie en relief. Aujourd'hui, un hologramme représente une image en trois dimensions apparaissant comme « suspendue en l'air ». Le mot hologramme provient du grec holos « en entier » et graphein « écrire».

Si en photographie le procédé semble révolutionnaire, musicalement parlant, en revanche, sa principale caractéristique est de ne pas l'être. Mais alors à un point qui frise le génie. Ou pas. C'est à peu de choses près ce que je me suis dit en écoutant le premier album d'Holograms.
Autant le dire tout net : l'écouter tient de la purge si ce n'est de la torture. Enfin, n'exagérons rien. Torture serait un chouïa excessif.
Holograms est pour tout vous dire un groupe suédois composé de quatre garçons dans la neige, la mèche au vent, le costard de rigueur,  suédant (du verbe suéder, cf be kind rewind de Gondry dans lequel des tarés de cinéma s'amusaient à refaire avec les moyens du bord les grands succès internationaux) Interpol jusqu'à la trogne. Sachant déjà qu'Interpol suédait à mort Joy Division et consorts avec, il faut tout de même l'avouer, un talent certain sur leurs deux premiers albums, imaginez un peu ce que peut donner le suédage de suédage. Alors à quoi cela peut-il ressembler me direz-vous ? à rien serais-je tenté de vous dire si j'étais méchant. Mais comme je suis d'une rare objectivité concernant cet album je dirais, avec une impartialité qui ne peut que m'honorer, que cela ressemble à du Bloc Party reprenant Franz Ferdinand se foutant de la gueule d'Interpol qui reprendrait comme une grossière contrefaçon Killing Joke singeant Joy Division le tout joué par un batteur qui aurait appris par coeur les plans batterie Lol Thorustien du pornography des Cure et chanté par un clone sans inspiration de Robert Smith. Ouf...
Certains diront que cet album suinte l'urgence, carbure à l'adrénaline...faudrait tout de même vérifier la date de péremption de l'adrénaline en question parce qu'objectivement, as usual, cet album ne risque pas de réanimer qui que ce soit tant cette musique est d'une platitude tout bonnement effrayante.
Vous me direz qu'actuellement  le rock, c'est comme la chimie : rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme. Sauf qu'Holograms réussit l'exploit de ne rien créer, ne rien transformer et de perdre le post punk en route en le vidant de toute urgence à force de mimétisme. Je vous vois venir : mais la myrrh, pourquoi tant de haine ? Les compos sont tout de même efficaces (monolith, c'est pas de la merde tout de même non ??quand tu l'écoutes, ça te donne envie de ressortir tes habits gothiques, ton manteau chauve-souris, de mover ta tête de gauche à droite puis de droite àgauche et nettoyer le plafond avec tes cheveux corbeaux en pétard), ça ne révolutionne rien mais ça reste plutôt pas mal branlé non ? Ben ouais c'est possible mais les câbles sont si grossiers que de la pitié que ça inspire d'abord finit par se transformer en colère.Colère parce qu'on nous prend pour des cons, parce qu'Holograms ressemble à un boys band indie de plus, colère d'autant plus justifiée qu'Holograms sera très probablement la prochaine hype inutile qu'on aura portée aux nues dans deux mois et oubliée dans trois.
En même temps, si j'étais moins con, je n'y participerais pas en évitant d'en parler,en ne tombant pas dans le panneau comme un vulgaire idiot que je suis.
 Mais ça, ce serait si j'étais moins con.

samedi 14 juillet 2012

Thomas Belhom : rocephine

Rocéphine : ANTIBIOTIQUE ANTIBACTERIEN de la famille des bêta-lactamines du groupe des céphalosporines de 3ème génération. Utilisée en première intention contre les infections méningées, la maladie de Lyme, les pneumopathies, la bronchite chronique infectieuse, pyelonéphrite, infections urinaires basses, purpura fulminans.
Rocéphine : puissant antibiotique utilisé pour purger les portugaises encombrées par des otites à répétition (otites récentes -2012- dites  Dominiquaniose ou celles, plus virulentes, de 2011 : l'otite Miossecose ordinarite, redoutable.) avec atteinte grave du nerf auditif. Délivrée par le Professeur Thomas Belhom, cette rocéphine se distille dans vos conduits auditifs tel un poison à diffusion lente et a des propriétés dépuratives remarquables. La prescription de 45 minutes permet de en effet de purger toutes les vessies franco-françaises qu'E.D.F a tenté de nous faire ingurgiter ces derniers temps (Izia, Zaz, Mademoiselle Nineteen, Coeur de Pirate et bien d'autres encore).  Pour plus d'efficacité le professeur Belhom s'est permis de proscrire justement toute électricité, de ne conserver que la substantifique moelle acoustique de sa musique. Pour parvenir à un résultat d'une efficacité aussi confondante, il s'est allié au Dr Staples, clinicien de génie chez Tindersticks, le temps d'un morceau (il faudrait d'ailleurs qu'on m'explique pourquoi le Staples s'amuse depuis le dernier album des Tindersticks à utiliser la réverbération sur sa voix, c'est un poil agaçant) . Il a également expurgé toutes velléités rock ( go TV ! excepté, sur laquelle, dans les dix dernières secondes, il retrouve l'usage de la guitare électrique) pour soit tendre vers un psychédélisme d'une grande douceur (champignon agréable), soit vers une pop de chambre à forte influence jazz, soit vers une pop expérimentale vers laquelle tend Dominique A depuis quelques années sans véritablement y parvenir (temps allongé, l'avancée en moi plus proche d'un Jérome Minière cependant) ou encore une sorte d'art pop à la Talk Talk (yumi, ciel). Chaque composant de cette rocéphine est, il faut l'avouer, d'une redoutable efficacité pour les ouïes. Cependant le bougre ne se contente pas d'utiliser tout le spectre de la pop pour parvenir à ses fins, il se permet également de s'aventurer sur les chemins de traverse en galante compagnie (excursion) ou de verser dans l'expérimental sans pour autant qu'il y ait d'interactions fâcheuses au niveau moléculaire. Quant à l'enrobage, il est d'une grande délicatesse, voir d'une grande finesse, proche de l'os, subtil mélange du Mark Hollis (toujours dans les bons coups quand il s'agit de tutoyer l'excellence) et du remué de Dominique A.
Bien entendu, le mode d'emploi est livré dans différentes langues (français, anglais) afin de faciliter la compréhension de tout un chacun.
Décidément, quelques semaines après la parution des nouveaux Arlt ou Avec Pas D'Casque, le rocéphine de Thomas Belhom me fait dire que 2012 est définitivement une putain de grande année pour la chanson francophone. Et Ici D'ailleurs, label qui le distribue, un label exigeant et toujours intéressant dans ses choix.
album en écoute ici , en vente là  .

mardi 10 juillet 2012

Screaming Corpses : a different taste of consciousness

Vous le savez toutes et tous : ce crucial blog, the beauty of sadness, tient son fabuleux nom du merveilleux album de Maeror Tri, ancêtre des non moins indispensables Troum. Mais Troum n'a pas toujours été Troum. Le trio, en 1987, était en fait un quatuor ( ou un quintor, allez savoir) et se nommait Screaming Corpses. Comme le nom peut le laisser supposer, ils n'officiaient pas encore dans l'ambient ou le drone mais dans un post-punk expérimental complètement barré. Vous le savez : quand on est musicien, sans technique, le principal n'est pas d'apprendre à maîtriser ses instruments mais plutôt le flux énorme d'idées qui peut sortir de quatre cerveaux en ébullition. Sur a different state of consciousness, premier et seul album de Screaming Corpses, c'est exactement ce face à quoi on se retrouve. Quatre gars qui ne savent pas encore dans quelle direction ils souhaitent faire aller leur musique mais en ont tout de même une petite idée : du moment que ce n'est pas accessible, n'importe quoi fera amplement l'affaire. En l'occurrence un zeste de drone, beaucoup de noise, quelques cris, pas mal de guitares désaccordées et sursaturées, un batteur ne sachant battre véritablement que les oeufs et vous obtenez un album franchement hardcore, âpre, d'une rugosité ne présageant en rien la beauté des enregistrements futurs. Loin de l'ambient mais très proche dans l'esprit du land speed record d'Hüsker Dü, voir du it's spooky de Fair & Johnston.
Il est curieux de voir l'évolution d'un groupe à l'aune de leurs premiers enregistrements : écouter Screaming Corpses, c'est écouter les balbutiements hardcores d'un groupe encore trop imprégné par le rock. C'est écouter les balbutiements d'un groupe qui, au fil des albums, abandonnera complétement l'usage semi-traditionnel du couplet/refrain/pont/viaduc/dynamite/arts plastiques pour s'aventurer  dans des contrées que peu exploreront avec autant de brio. La seule constante que gardera le groupe sous ses autres patronymes est ce goût pour l'aventure qui le caractérise déjà dans cette cassette.
 La musique de Screaming Corpses se démarque par un jusqu'au boutisme en matière de rock qui les rapproche d'un Einstürzende Neubaten, alternant morceaux rock expérimentaux  avec de courts interludes limite ambient. Cependant, l'intelligence de Screaming Corpses sera de reconnaître que le rock n'est absolument pas fait pour lui, bien trop restrictif pour ses ambitions. Ils ont tenté l'aventure sur 22 morceaux, comportant de véritables fulgurances, quelques ratages mais un ensemble malgré tout homogène et assez réussi. Le clou de l'album étant les douze minutes du malsain boundary to insanity  (à l'origine le morceau devait en faire trente), mélange d'ambient à la Maeror Tri, de mur du son pré-My Bloody Valentine, d'expérimentations sauvages  et de beuglements indistincts à la Mark E Smith  faisant du morceau une expérience assez paroxystique.
Et là je ne parle là que de a different state of consciousness, première cassette de Screaming Corpses. Une seconde est parue la même année, over my dead body !!! sur laquelle je n'ai malheureusement pu jeter une oreille car absolument introuvable sur le net.
En 1988, le tour du rock étant fait, le groupe va pouvoir se développer en virant deux membres, la batterie, changeant de nom et s'introduire à l'experimental pur via l'exploration des sons liés à l'usage maltraitant des guitares et à l'ambient dans le même contexte. En revanche, contrairement au rock, la publication de plus de quarante albums ne sera pas suffisant pour en faire vraiment le tour. Toujours est-il que a different state of consciousness reste à ce jour une curiosité bien plus intéressante que nombre de disques dits expérimentaux sortis ces derniers temps, la vision tronquée et barrée d'un groupe d'ambient voulant pratiquer le rock. Pas un chef-d'oeuvre mais une expérience très intéressante.