mercredi 29 février 2012

Ruby Throat

Non, je ne suis pas mort.
Non, rien ne s'arrange, bien au contraire. Je creusais avec les moignons, je devrais bientôt pouvoir attaquer les clavicules.
N'empêche.
Malgré ce début d'année de merde, l'envie est toujours là.
La tête encore et toujours en vrac certes mais :  ça bouillonne dans les tripes, les portugaises sont plus au taquet que jamais, la conscience toujours obnubilée par cette pulsion de découverte, toujours à l'affût de nouvelles merveilles.
Et le nombre de ces dites merveilles sorties en ce début d'année, curieusement, est proportionnel aux nombres de merdes qui me sont tombées sur la gueule ces derniers temps. En gros : ça n'arrête pas.
La dernière en date, de merveille bien évidemment, se nomme O' doubt o' stars de Ruby Throat.
Dans l'absolu ça partait plutôt mal. Ruby Throat c'est Katie Jane Garside et Chris Whittingham. Soit un parfait inconnu qui gagne à ne pas l'être après écoute de O' doubt et surtout l'ex braillarde en chef de ce groupe casse-burnes des années 90 Daisy Chainsaw. La gueule du pédigrée quoi. Un truc à se faire porter pâle.
Pourtant O'doubt O' stars a du chien, de la gueule, des arguments à faire valoir. Ruby Throat se veut l'incarnation anglaise du duo américain de grosse feignasses larvaires qu'est Mazzy Star.Une beauté dotée d'une voix identifiable au moindre soupir émis et un guitariste/instrumentiste pouilleux repêché dans on ne sait quelle rue de Londres dont on ne sait rien hormis qu'il grattouille hors-pairement son instrument. Jouant peu de notes mais dont chacune est pesée, emballée, réfléchie avec un soin particulier qui fait mouche à chaque accord/arpège joué.
Présentation faite, similitudes également.Passons aux différences maintenant.
La différence notable entre les deux formations tient du fait que le duo américain puise essentiellement son inspiration dans le rock psychédélique amerloque, en pillant régulièrement le répertoire des Doors, du Velvet, tandis que Ruby Throat a le bon goût de bouffer à tous les râteliers. Que ce soit le folk (anglais, américain, tout y passe pourvu que ce soit bon), le freak folk (merci Fursaxa ou encore Espers) ou encore le blues, tout ce qui peut se composer à l'aide d'une six cordes, qu'elle soit acoustique ou électrique, se transforme en or grâce aux doigts experts de Whittingham (et n'y voyez là aucune allusion salace).
Vous me direz, si la différence entre les deux groupes ne tient qu'à cet argument, pourquoi se faire chier à écouter Ruby Throat ?
Parce que, si vous ne l'avez pas encore compris, les anglais viennent de sortir le meilleur album de Mazzy Star depuis so tonight that I might see. Une sorte de miracle acoustique qui vous scotche dès les premières secondes, ne vous lâche pas pendant près d'une heure et dont la qualité va crescendo. Un petit joyau brut pas exempt de défauts (quelques choeurs inutiles sur forget me nots ou maniérés sur broken machine entre autre ou encore un ou deux solo à la limite de la démonstration) mais dont les sommets, fort nombreux,  atteignent de telles stratosphères que la raréfaction de l'oxygène finit par vous en faire oublier les défauts précédemment cités.
 C'est quand ils frottent leur folk au psychédélisme qu'ils touchent au sublime (in steerage, broken machine, arctic fox ou wake of swans sont là pour en témoigner). Néanmoins, à défaut de sublime,  la plupart des morceaux sont assez exceptionnels, garantis sans OGM, pas d'élevage en batterie, pas de percussions, rien. O'doubt O'stars se la joue extrême artisanale c'est à dire à poil, dans le plus simple appareil, adepte du less is more jusqu'au trognon. Une guitare, une voix, c'est amplement suffisant pour conquérir un espace, l'habiter, le détruire et enfin en créer un nouveau. Mais n'allez pas croire qu'il s'agisse ici d'expérimentations pures et dures, de créer un monde abstrait sur une note étirée ou répétée pendant près de dix minutes (ce n'est pas sapphie de Richard Youngs), non, ici ce sont les mélodies qui priment, c'est l'immédiateté, la pureté,  la beauté des chansons qui vous sautent à la gueule sans que vous ne vous y attendiez.
 Je ne sais si les conditions d'enregistrement de cet album ( pendant près d'un an sur une péniche) ont influé sur sa qualité mais il émane de O'doubt O'stars une atmosphère unique, quelque chose d'irréel qui culmine dans les deux deniers morceaux (ainsi que les dix précédents me direz-vous). Et quand Katie Jane Garside termine tottenham resovoir en nous susurrant à l'oreille : I'm still listening, la seule action qui nous vient en tête c'est effectivement de reprendre l'écoute, d'appuyer à nouveau sur play, oublier tout et s'abandonner.
Grand album, tout simplement.

Pour tout renseignement voir ici. Je n'ai pas d'extrait de l'album à vous proposer, ce sera donc un extrait de l'album précédent qui donnera une idée approximative d' O'doubt O'stars .

jeudi 26 janvier 2012

the end

Comme vous avez pu le constater ce blog était en sommeil. Les ennuis s'accumulant, celui-ci va se prolonger peut-être définitivement. Plus la tête à ça. En vrac, certes, mais plus la tête à grand chose.
A bientôt je l'espère mais je doute.

lundi 16 janvier 2012

Sucide is painless

2012 est à peine entamée que déjà elle  te fait chier. L'espoir est un mot que tu as banni de ton vocabulaire en ce début d'année, tu es au fond du trou et tu ne sais quoi choisir comme accompagnement musical pour mettre fin à tes jours de façon digne.
Myrrhman, conseiller funéraire musicothérapeute spécialisé en autolyse, est là pour te conseiller. A voir ta mine éteinte, ton regard triste de chien battu, je sens que tu recherches quelque chose de doux, duveteux voir enveloppant. Assieds toi, ferme les yeux, laisse tes sens aller et venir au gré de tes non-envies, laisse la dépression venir à toi à pas feutrés, j'ai ce qu'il te faut.
Sorti en janvier 2012, autant dire hier, Scissors & Sellotape a conçu for the tired and ill at ease spécialement pour toi. John McCaffery, l'homme derrière Scissors, a appris pour ton année 2011. Il s'est directement branché sur ton activité thymique et a décidé de quitter sa riante Australie natale pour migrer vers les contrées brumeuses et cafardeuses d'Angleterre afin d'adapter sa musique à  l'humeur du moment. Pour cela il lui a suffi de peu de choses : un piano, un sampler, un ordinateur et beaucoup de talent. Par chance, il a les quatre. Avec les samplers, il crée un velours feutré, fait de craquements, de crissements, d'accidents doux. Un fond sonore ouaté, sensible, comme une chute au ralenti. Les sens se relâchent, doucement, les yeux se closent, le corps se détend, ne connaît plus la pesanteur, la conscience s'élève à mesure que le disque défile. La présence du piano, léger, délicat, apporte une touche mélancolique à l'ensemble, de façon à nous faire quitter ce monde paisiblement, avec une pointe de tristesse  mais juste ce qu'il faut pour ne pas avoir à regretter son geste. On entrevoit la beauté de ce monde qu'on a fort peu connu en y réfléchissant bien. Pendant quarante trois minutes Scissors & Sellotape sera le compagnon de route idéal d'un voyage qui sera certes imparfait, mais apaisant.
Alors qu'en penses-tu mon ami ?
Tu es conscient d'avoir gâché ta vie jusque là, alors ne rate pas ta sortie.
Dans ma grande bonté, je te laisse écouter deux extraits de cet accompagnement spirituel au-delà de toi-même. Tu les trouveras ci-dessous.
Autre chose encore, un dernier conseil. Pour ton autolyse, choisi quelque chose de long, pendant lequel tu resteras conscient afin de profiter pleinement de ce moment de bonheur qu'est for the tired and ill at ease. Une fin brutale risquerait de gâcher ce doux rendez-vous.
Ne me remercie pas, je suis là pour ça.

dimanche 15 janvier 2012

la saloperie du dimanche

Ahhhhhhhhhhhhh les années 80. Que reste-t-il de cette fabuleuse décade ? les coupes de cheveux fabuleuses, les chorégraphies sublimes, cette atmosphère brumeuse bleue métallique. Et ces tubes interchangeables.
Pour ce dimanche, je vous propose un worst of. Un condensé des qualités évoquées ci-dessus.
Bon ok, ça va presque faire classique, gentillet même, comparé aux dernières horreurs postées en ce lieu mais.... Linda William, pour ceux qui auraient la mémoire courte, c'est tout de même quelque chose. Clone de Jeanne Mas, paroles prophétiques ( vous remarquerez l'usage du double A dans le refrain) et sulfureuses :
Tu n'as d'autre soleil
(Ha-Ha) (Ha-Ha)
Que tes lèvres trop rouges
(Ha-Ha) (Ha-Ha),
clip à l'érotisme soft sous 9 semaines et demi, musique impersonnelle fabriquée à la chaine, production standard la-batterie-c'est-formidable  et enfin coupe capillaire à chier, l'autre soleil de Linda William méritait amplement de faire parti des saloperies du dimanche.
C'est désormais chose faite.
Loué sois-je.

vendredi 13 janvier 2012

RIP

Puisque nous venons d'apprendre la fin du triple A français,consolons nous avec le double norvégien.

jeudi 12 janvier 2012

carbone 14 my dear

Ça fait combien d'années que Coil n'est plus ?
Sept ans déjà que Balance s'est vautré lamentablement du deuxième étage tel un Mike Brant underground.Sept années que leur musique n'est plus, qu'en matière d'électro barrée, malsaine, je me fais royalement chier.
Que reste-t-il de l'héritage de Coil ? pas grand chose malheureusement. Coil faisait du Coil. A savoir une musique relativement indescriptible, intemporelle, couvrant trois décennies mais dont le spectre va bien au-delà, entre expérimentations sauvages et ardues parfois inaudibles (constant shallowness, ANS, plastic spider things), beautés crépusculaires (music to play in the dark 1, black antlers, moonsmillk), drones hypnotiques (time machines et ses formules médicamenteuses) et albums un chouïa plus abordables pour l'auditeur aventurier ( love's secret domain, horse rotovator). Leur musique n'avait et n'a aucun équivalent à l'heure actuelle.
Et au niveau descendance, qu'en est-il ?? Pas grand chose ma foi. Hormis quelques traces dans la discographie de Demdike Stare, jusqu'à ce jour, il n'y avait quasiment rien.
Puis j'ai jeté une oreille au groupe anglais d'Edimbourg Young Hunting et leur nouvel EP the night of the burning. Et je suis tombé un peu sur le cul. Là, sur embers from the pyre, c'est the snow (LSD) qu'on entend, sur spiritual abandonment c'est are you shivering ou brocolis revisité par Dead Can Dance, ailleurs c'est un hybride Kate Bush/Coil qui saute aux oreilles.Chaque idée, chaque note, chaque arrangement de cet EP fait référence au groupe de Peter "Sleazy" Christopherson et John Balance. Dois-je parler du chant ? Cette façon de susurrer ses cauchemars à l'oreille de l'auditeur  pour mieux nous plonger dans une torpeur stuporeuse est directement pompée sur le phrasé si particulier de Balance. Mais alors pourquoi parler de Young Hunting si c'est pour en dire pire que pendre ? Parce qu'au delà du pompage en règle de l'oeuvre de Coil, cet EP est très bien foutu. Equilibre parfaitement maîtrisé d'expérimentations et de mélodies, distillant une atmosphère totally british, parfois malsaine, un peu grandiloquente sur les bords (entrance from...), the nigt of the burning révèle un groupe à forte personnalité qui, s'il n'explore pas encore de territoires vierges, revisitent plutôt bien ceux si particulier de Coil, Throbbing Gristle, Current 93 et autres groupes expérimentaux des années 80.
Il paraît seulement incroyable, quand on lit le peu de renseignements que l'on peut glaner ça et là, que Marc Dall et Alex Ander n'aient jamais entendu parler de Coil jusqu'à récemment. Peut-être nous prennent-ils pour des blaireaux que j'en serais qu'à moitié étonné. Mais bon en attendant leur EP est prometteur et m'est avis que s'ils cherchent une structure pour les éditer, Durtro le label de David Tibet devrait les abriter pour un bon bout de temps.
Ci dessous, extrait de leur premier album sorti en 2010

mercredi 11 janvier 2012

la vie est vraiment une grosse pute

Y a-t-il une vie après Talk Talk ?
Je pose cette question absolument fondamentale pour l'auditeur avisé de façon totalement anodine voir désinvolte pour au moins une bonne raison : Tim Friese-Greene, l'autre tête pensante de ce groupe refait parler de lui.
La légende dit qu'après le clash en 1992, il serait devenu ermite, vivant (enfin le terme est assez mal choisi) dans une grotte dans le Larzac, expiant ses pêchés en mangeant des baies de sureau et n'ayant pour seul contact extérieur que la lecture de l'intégrale de Paul Loup Sulitzer. Quand l'homme a été retrouvé, il y a de cela quelques mois, nu (bien évidemment) il n'arrêtait pas de maugréer des termes incompréhensibles dans une langue inconnue de tout un chacun, en se fouettant le corps d'orties plus ou moins fraîches ainsi que de chardons en pleine remontée de sève. D'après les psychiatres dépêchés sur place et après plusieurs mois de traductions intensives, Friese-Greene se croirait responsable de l'insuccès de Talk Talk, affirmant avec aplomb que s'il n'avait pas rejoint le groupe après le premier album, celui-ci aurait connu un succès planétaire et serait encore en haut des charts à l'heure qu'il est. Il vivrait actuellement en institution psychiatrique spécialisée dans les séquelles qu'ont pu laisser sur le commun des mortels les sorties de trois derniers albums de Talk Talk. Il serait heureux, entouré de gens aimants et bienveillants en son égard.
Mais ce n'est qu'une légende.
En 2012, malgré une légende tenace et quelque peu farfelue, Friese Greene devait revenir sur le devant de la scène avec son groupe Heligoland (ne pas confondre avec le groupe australien du même nom oeuvrant dans la dream pop et le slowcore). En 1997, il sort son premier EP (creosote and tar), en 2000 son premier album (heligoland), en 2006 son second (pitcher, flask & foxy movie). Puis plus rien. Enfin presque. Sous son véritable patronyme il sort également, en 2009, 10 sketches for piano trio.
Donc il devait revenir. Mais ne le fera pas.
Pourquoi en parler alors ?
Parce que la vie est une pute qui se fout de la gueule des grands musiciens. Ainsi que de ses auditeurs.
Quelle était l'une des plus grandes qualités de Talk Talk ?
la science du silence, non ?
Hollis l'a appliqué à la lettre en faisant voeu de silence depuis 1998.
Chez Friese-Greene, c'est tout autre chose : le silence créé par Talk Talk était tellement assourdissant qu'il  en est devenu quasi sourd.
Hein ??? Quoi ???
Pour faire simple : Friese-Greene a du abandonner deux albums en cours de production parce qu'il souffre................................d'acouphènes. Rendant l'enregistrement de quoi que ce soit impossible du fait que le silence n'existe plus et devienne un véritable torture permanente.
Alors pour répondre à ma question d'introduction: survivre après Talk Talk n'est décidément pas possible. En condamnant irrémédiablement ses deux têtes pensantes au silence radio, la vie, cette salope, a un sens de l'humour tout de même très particulier.