Y a-t-il une vie après Talk Talk ?
Je pose cette question absolument fondamentale pour l'auditeur avisé de façon totalement anodine voir désinvolte pour au moins une bonne raison : Tim Friese-Greene, l'autre tête pensante de ce groupe refait parler de lui.
La légende dit qu'après le clash en 1992, il serait devenu ermite, vivant (enfin le terme est assez mal choisi) dans une grotte dans le Larzac, expiant ses pêchés en mangeant des baies de sureau et n'ayant pour seul contact extérieur que la lecture de l'intégrale de Paul Loup Sulitzer. Quand l'homme a été retrouvé, il y a de cela quelques mois, nu (bien évidemment) il n'arrêtait pas de maugréer des termes incompréhensibles dans une langue inconnue de tout un chacun, en se fouettant le corps d'orties plus ou moins fraîches ainsi que de chardons en pleine remontée de sève. D'après les psychiatres dépêchés sur place et après plusieurs mois de traductions intensives, Friese-Greene se croirait responsable de l'insuccès de Talk Talk, affirmant avec aplomb que s'il n'avait pas rejoint le groupe après le premier album, celui-ci aurait connu un succès planétaire et serait encore en haut des charts à l'heure qu'il est. Il vivrait actuellement en institution psychiatrique spécialisée dans les séquelles qu'ont pu laisser sur le commun des mortels les sorties de trois derniers albums de Talk Talk. Il serait heureux, entouré de gens aimants et bienveillants en son égard.
Mais ce n'est qu'une légende.
En 2012, malgré une légende tenace et quelque peu farfelue, Friese Greene devait revenir sur le devant de la scène avec son groupe Heligoland (ne pas confondre avec le groupe australien du même nom oeuvrant dans la dream pop et le slowcore). En 1997, il sort son premier EP (creosote and tar), en 2000 son premier album (heligoland), en 2006 son second (pitcher, flask & foxy movie). Puis plus rien. Enfin presque. Sous son véritable patronyme il sort également, en 2009, 10 sketches for piano trio.
Donc il devait revenir. Mais ne le fera pas.
Pourquoi en parler alors ?
Parce que la vie est une pute qui se fout de la gueule des grands musiciens. Ainsi que de ses auditeurs.
Quelle était l'une des plus grandes qualités de Talk Talk ?
la science du silence, non ?
Hollis l'a appliqué à la lettre en faisant voeu de silence depuis 1998.
Chez Friese-Greene, c'est tout autre chose : le silence créé par Talk Talk était tellement assourdissant qu'il en est devenu quasi sourd.
Hein ??? Quoi ???
Pour faire simple : Friese-Greene a du abandonner deux albums en cours de production parce qu'il souffre................................d'acouphènes. Rendant l'enregistrement de quoi que ce soit impossible du fait que le silence n'existe plus et devienne un véritable torture permanente.
Alors pour répondre à ma question d'introduction: survivre après Talk Talk n'est décidément pas possible. En condamnant irrémédiablement ses deux têtes pensantes au silence radio, la vie, cette salope, a un sens de l'humour tout de même très particulier.
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mercredi 11 janvier 2012
vendredi 28 octobre 2011
silent cut
mais que va devenir ce pauvre Mark Hollis ??? Après cette fin houleuse, remettra-t-il les couverts ? ou se retirera-t-il à jamais lors d'une procession religieuse pendant laquelle la foi est venue le trouver, l'extirpant sans remords d'une vie dissolue ? Toutes ces interrogations trouveront une réponse ici, dans la note qui suit :
Sur une demande pressante, et non parce que l'album est magnifique bien entendu, je me décide à chroniquer le Mark Hollis. Il est vrai que je me suis posé la question quant à cette chronique. Pourquoi chroniquerais-je Hollis et pas Heligoland ou O'Rang ? Les deux autres sont des albums de Friese-Greene pour Heligoland et Harris et Webb pour O'Rang. La réponse est simple: je connais mieux le Hollis qu'O'Rang (dont les deux albums sont à découvrir) et pas du tout Heligoland. Or donc, Hollis a un contrat avec polydor le liant pour deux albums. Le premier, le laughing stock de Talk Talk sorti en 91, il lui en reste un à sortir (logique me direz-vous). Il demande donc à Phill Brown de le produire avec les mêmes libertés que pour le dernier Talk Talk. Sorti en 1998, il aura fallu 7 ans à Mark Hollis pour panser les blessures qu'auront laissé Talk Talk. Un silence de 7 ans et 20 secondes pour débuter cette ode au silence. Pour bien se démarquer de Talk Talk ou peut-être pas, l'album commence donc par un silence de 20 secondes (comme myrrhman) et un rappel au 3ème album: the colour of spring. Débuter ce disque par ce titre ne peut être qu'une provocation ou alors une façon de dire : Talk Talk c'était moi et personne d'autre. Maintenant que je viens de l'enterrer avec ce morceau, je prends le commandement de l'album et ce sera un album de Mark Hollis que vous écouterez point final. En effet, l'objet en question ne peut être qu'un album de Hollis. Entièrement acoustique, enregistré avec deux micros stéréo, que dire de plus ? Que l'album a beau avoir un format pop : 8 chansons pour 46 mns, il a plus à voir dans l'esprit avec le jazz ou le classique voir le folk que tout ce à quoi a pu être affilié Hollis jusque là. Il creuse dans cet album ses obsessions pour le classique, le jazz, voir l'expérimental ou le free-jazz. Il suffit d'écouter a life (1895-1915) pour s'en rendre compte : le quartet de bois renvoie au classique, la basse quant à elle renvoie au jazz et les percussions, les choeurs à l'expérimental. Ce qui est extraordinaire c'est que tout cohabite sans que l'un ou l'autre des styles ne prenne le dessus, tout ici coule de source, paraît naturel.
A
croire que le silence arrive à lier tous les styles évoqués ci-dessus
en une seule entité. Le génie de Hollis est justement de faire du
silence le principal instrument de cet album. Plus que tout au monde, il
est présent et Hollis lui rend le plus grand hommage qu'un musicien
puisse lui faire. Bon, entrer dans cet album n'est pas chose aisée, il
faut accepter de se laisser bousculer par ses silences, ses directions
parfois contradictoires, cette sorte de statisme, ce parti-pris très
personnel de voir la musique. Il faut accepter cette acoustique qui
donne l'impression que l'album a été enregistré dans la pièce où on est,
comprendre que la musique n'est pas futile mais nécessaire, qu'elle
invite ici à la confidence, au recueillement. Mais attention ce disque
est tout sauf austère ou aride. Il demande énormément à l'auditeur, de
la patience de la véritable écoute mais une fois que l'on réussit à y
entrer, il est d'une générosité extraordinaire. Il est certes moins
immédiat que ceux de Talk Talk mais tout aussi foisonnant, riche, et a
une personnalité qui lui est propre. Beau, complexe, abordable, sans
concessions il s'agit là encore d'un indispensable de la part d'Hollis.
Album qui clôt un parcours exemplaire de la part de son auteur et qui va
jusqu'au bout de sa logique : The colour of spring commence par 20
secondes de silence, A new jerusalem setermine sur 1' 40" de silence.
Depuis......shhhhhh.
Au fait , juste une anecdote : sans Hollis et Talk Talk, Bashung n'aurait jamais fait l'imprudence. Lauging stock et spirit of eden étaient des influences revendiquées par Bashung lors de l'enregistrement dudit album. Rien que pour cela, je vouerai une reconnaissance éternelle à Talk Talk.
Sur une demande pressante, et non parce que l'album est magnifique bien entendu, je me décide à chroniquer le Mark Hollis. Il est vrai que je me suis posé la question quant à cette chronique. Pourquoi chroniquerais-je Hollis et pas Heligoland ou O'Rang ? Les deux autres sont des albums de Friese-Greene pour Heligoland et Harris et Webb pour O'Rang. La réponse est simple: je connais mieux le Hollis qu'O'Rang (dont les deux albums sont à découvrir) et pas du tout Heligoland. Or donc, Hollis a un contrat avec polydor le liant pour deux albums. Le premier, le laughing stock de Talk Talk sorti en 91, il lui en reste un à sortir (logique me direz-vous). Il demande donc à Phill Brown de le produire avec les mêmes libertés que pour le dernier Talk Talk. Sorti en 1998, il aura fallu 7 ans à Mark Hollis pour panser les blessures qu'auront laissé Talk Talk. Un silence de 7 ans et 20 secondes pour débuter cette ode au silence. Pour bien se démarquer de Talk Talk ou peut-être pas, l'album commence donc par un silence de 20 secondes (comme myrrhman) et un rappel au 3ème album: the colour of spring. Débuter ce disque par ce titre ne peut être qu'une provocation ou alors une façon de dire : Talk Talk c'était moi et personne d'autre. Maintenant que je viens de l'enterrer avec ce morceau, je prends le commandement de l'album et ce sera un album de Mark Hollis que vous écouterez point final. En effet, l'objet en question ne peut être qu'un album de Hollis. Entièrement acoustique, enregistré avec deux micros stéréo, que dire de plus ? Que l'album a beau avoir un format pop : 8 chansons pour 46 mns, il a plus à voir dans l'esprit avec le jazz ou le classique voir le folk que tout ce à quoi a pu être affilié Hollis jusque là. Il creuse dans cet album ses obsessions pour le classique, le jazz, voir l'expérimental ou le free-jazz. Il suffit d'écouter a life (1895-1915) pour s'en rendre compte : le quartet de bois renvoie au classique, la basse quant à elle renvoie au jazz et les percussions, les choeurs à l'expérimental. Ce qui est extraordinaire c'est que tout cohabite sans que l'un ou l'autre des styles ne prenne le dessus, tout ici coule de source, paraît naturel.
A
croire que le silence arrive à lier tous les styles évoqués ci-dessus
en une seule entité. Le génie de Hollis est justement de faire du
silence le principal instrument de cet album. Plus que tout au monde, il
est présent et Hollis lui rend le plus grand hommage qu'un musicien
puisse lui faire. Bon, entrer dans cet album n'est pas chose aisée, il
faut accepter de se laisser bousculer par ses silences, ses directions
parfois contradictoires, cette sorte de statisme, ce parti-pris très
personnel de voir la musique. Il faut accepter cette acoustique qui
donne l'impression que l'album a été enregistré dans la pièce où on est,
comprendre que la musique n'est pas futile mais nécessaire, qu'elle
invite ici à la confidence, au recueillement. Mais attention ce disque
est tout sauf austère ou aride. Il demande énormément à l'auditeur, de
la patience de la véritable écoute mais une fois que l'on réussit à y
entrer, il est d'une générosité extraordinaire. Il est certes moins
immédiat que ceux de Talk Talk mais tout aussi foisonnant, riche, et a
une personnalité qui lui est propre. Beau, complexe, abordable, sans
concessions il s'agit là encore d'un indispensable de la part d'Hollis.
Album qui clôt un parcours exemplaire de la part de son auteur et qui va
jusqu'au bout de sa logique : The colour of spring commence par 20
secondes de silence, A new jerusalem setermine sur 1' 40" de silence.
Depuis......shhhhhh.Au fait , juste une anecdote : sans Hollis et Talk Talk, Bashung n'aurait jamais fait l'imprudence. Lauging stock et spirit of eden étaient des influences revendiquées par Bashung lors de l'enregistrement dudit album. Rien que pour cela, je vouerai une reconnaissance éternelle à Talk Talk.
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