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mardi 3 avril 2012

un jour en psychiatrie service addictologie

- Bonjour,
bienvenue en centre d'addictologie, vous venez pour quelle raison ??
- Une désintoxication madame.
- Quel produit ??? alcool, héroïne, cocaïne, cigarette, cannabis, chocolat, onanisme ???
- Non madame. C'est autre chose.
-Ah ???
-Oui, j'ai contracté une addiction à un produit inconnu jusque là  : le Kevin Tihista's Red Terror. C'est une nouvelle forme d'addiction. Essentiellement  musicale, à base de voix, de guitares, principalement. J'avais déjà eu des symptômes similaires il y a quelques années avec un autre objet dans le même style mais là je crois que c'est pire.
- Quel était cet objet, Monsieur....... ????
- Myrrhman madame.
- Oui. Mais quel était cet objet ?
- There's never been a crowd like this que ça s'appelait. L'auteur de ce méfait se faisait appeler Richard Davies. Une bien belle crevure ce Davies, je vous le dis. Des mois voir des années de désintox qu'il m'a fallu pour m'en dépêtrer. Il m'en reste quelques traces d'ailleurs. Je me rappelle avoir eu des symptômes similaires avec un certain John Vanderslice, autre belle pourriture tiens.
- Ahhhhhhhhhh oui en effet, j'ai souvenir d'avoir aidé certains névrosés à s'en débarrasser. Traitement difficile par ailleurs,certains en sont morts. Et là, si je vous comprends bien, vous me dites que c'est pire ?
- Oui. OUi. OUIIIIIIIIIIIIIIIIII.
- Doucement. Ce n'est rien, prenez ceci, ça vous aidera à vous détendre.
- M-m-merci.
- Allez, monsieur, racontez moi tout.
- Bon, je me lance parce qu'il faut crever l'abcès tout de suite, ne pas le laisser suppurer...
par où vais-je commencer ???  Probablement par le choc que vous vous prenez quand cette enflure de Kevin, en guise d'introduction,  scande ceci  :
 No one's going to leave you ever again, 
I will be here with you until the end/ my friend once said....
 Now there's a million reasons why she's leaving/ Number one she hates the fact that I'm breathing
Not to mention all the drugging & tricking/Well to me that's just a typical evening...
vous savez, en vous prenant ça dans la tronche, que vous allez avoir du mal à vous en remettre.Que le chemin en sa compagnie va être long, la désintox très mais alors très difficile. Vous vous dites que le dernier à avoir écrit de telles vacheries aussi brillamment a fini dans vos albums de chevet mais aussi avec un AVC ( à croire que trop de matière grise finit par provoquer de graves lésions) . Plus loin sur bats quand il entame le refrain :
i gave her one good reason to stay here,
 she gave me two better reasons to leave,
on se dit que décidément, ce Kevin, il a tout compris quant aux rapports humains. De l'humour, noir anthracite si possible, il en a à revendre à la pelle.Et le dissémine tout au long d'on this dark street.
En revanche il sait aussi être sérieux, avoir une écriture fine, observatrice et absolument terrible, très proche en cela d'un JohnVanderslice, cette enflure de crevure.
Quand il écrit sur don't let him in :
My mother's crying/Which always make me cry
She said this man is poison/He destroyed all our lives 
ou encore :
He knocked my mother down / Right there in the kitchen
He was on top of her / I dug that knife beneath his chin.
c'est le cellar door ou encore song of the good wife qui apparaît en filigrane soit la finesse d'observation  de Vanderslice plus la cruauté de Knox.
Dans ce cas là, je vous le dis clairement : comment voulez-vous que je m'en sorte ???
- En effet, ça ne va pas être simple. Le cas paraît plus difficile encore que Davies. Pour ça je ne vois guère que.....
- Mais attendez, je n'ai pas fini : je ne vous ai parlé que des paroles, pas de la musique. Parce qu'en plus cette salope de Kevin Tihista est un excellent musicien/mélodiste. Non seulement cette raclure navigue dans les mêmes eaux qu'un Richard Davies ou encore un Elliott Smith concernant l'aisance mélodique mais musicalement on entend dans on this dark street des bribes de Nick Drake période bryter later (micky), de House Of Love (bats), The Beautiful South première époque (teenage werewolf) et tout ce qui constitue le haut du panier en matière de pop. En y prêtant même bien l'oreille on est capable d'y déceler du Prince (N carolina a des faux airs de diamonds & pearls). Je vous le dis : il est pas humain ce type.
- ....
- Et le pire là-dedans c'est qu'il a attendu huit ans avant de pondre un tel truc. Huit années pendant lesquelles il a dégraissé sa musique, acéré sa plume pour aller à l'essentiel. Un album de dix morceaux à obédience acoustiques, mélodiquement imparables. Vous comprenez : quand j'ai vu la pochette, inoffensive comme y a pas, je me suis pas méfié moi... qui se méfierait d'un chien dans la neige ??? Personne vous m'entendez ??? !!!   PERSONNE !!!!!
 j'avais mis des années à me défaire de Davies,  mais là je suis désespéré, aidez-moi, faites quelque chose....
- Bon écoutez monsieur Myrrhman, votre cas constitue effectivement une urgence psychiatrique. Je me renseigne auprès du service du Dr Garou, savoir s'il reste une place disponible. Je crains malheureusement que vos lésions soient irréversibles. Il en a soigné des cognés mais un cas comme le votre sera un véritable défi pour lui. Laissez moi lui parler.....

mercredi 21 septembre 2011

le tribunal du délire flagrant

- Déclinez moi votre identité, nom, prénom, etc...
-Myrrhman, âge indéterminé, sexe très faible, auditeur convulsif voir compulsif de tout ce qui peut s'écouter et parfois même de n'importe quoi monsieur le juge.
- Connaissez-vous au moins les raisons qui vous amènent devant moi ?
- Non monsieur le juge.
- J'ai là une notification venant de vos amis comme quoi vous auriez perdu le peu de raison qu'il semblait vous rester.
-Ah bon ?
-Il semblerait que le motif de cette perte totale de raison soit liée au rachat de scoundrel days de A-ha. Est-ce vrai ?
- Quoi ?
- Que vous l'avez acheté de nouveau ?
(regard d'abord gêné puis baissé, visage crâmoisi)
- Oui.
- Comment expliqueriez-vous ce geste ?
- Ben je l'aime bien moi cet album de A-ha.
- Vous rendez-vous compte de l'énormité que vous venez de sortir ?
- De quoi ?
Bon. Expliquez-moi un peu ce que vous lui trouvez de bien à ce disque. Parce que là je pense que l'accusation est loin d'avoir tort. Jusque là vous êtes bon à enfermer. Je viens d'en terminer l'écoute et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils n'y vont pas de main morte sur les effets ces norvégiens. Une production criarde, des batteries très datées, un concours de catafiore s'époumonant à qui mieux mieux, le pompon revenant au terriblement ringard cry wolf. Sans rire, ils avaient pour but de concurrencer le thriller de Michael Jackson ? C'est idiot, grotesque, complétement risible et surtout inaudible. Pour l'instant au mieux c'est la camisole chimique qui vous attend, au pire la perforation totale des tympans via l'intégrale de Kimera. Défendez-vous et vous avez intérêt à être convaincant.
- Pour commencer monsieur le juge je dirais que vous avez mille fois raison. Cry wolf est tout ce qu'il y a de plus atroce. J'ajouterai également que manhattan skyline est à hurler de rire. cette volonté de durcir le ton de la part de A-ha, de montrer ses biceps est proprement ridicule. Ces guitares limite hard, cette batterie sortie du manuel du bûcheron canadien pour les nuls est insupportable.Néanmoins, il y a dans scoundrel days quelques pépites qui méritent d'être relevées. en premier lieu le morceau titre de l'album. D'une profondeur bien plus....... qu'on ne le croirait. Si vous enlevez les effets inhérents à cette époque, le morceau, à haute teneur addictive, est d'une noirceur étonnante pour un groupe d'apparence aussi léger. Les arrangements de cordes sont d'une grande pertinence soulignant avec justesse la mélancolie se dégageant de ce morceau. Ensuite, en second lieu, le tube absolument imparable qu'est I've been losing you. Ces garçons savent écrire des chansons énormes et le prouvent en sortant l'artillerie lourde : mélodie entêtante, refrain increvable, c'est de la pop dans le sens putassièrement noble du terme. C'est bien simple : réarrangée, dépouillée de ses costumes ringards I've been losing you serait pas loin d'être parfaite. Enfin, le cas à part qu'est soft rain of april, morceau charbonneux, sérieux, loin des bluettes pour adolescentes qu'ils sont capables de produire au kilomètre, d'une grande mélancolie. Prouvant par la même occasion qu'A-ha n'est pas simplement un groupe de plus pour midinette mais un cas assez complexe de groupe populaire enfermé dans son image capable pourtant de grandes choses comme ils le prouveront par la suite avec analogue. Mais ça, c'est une autre histoire.
- D'accord. Et vous espérez m'avoir convaincu avec de tels arguments ?  Autant vous dire que les bourreaux sont en train d'exhumer les vinyles de Kimera à l'heure qu'il est. Autre chose à ajouter pour votre défense ?
- Oui monsieur le juge : je sais bien que trois bonnes chansons ne valent pas qu'on subisse un tel sort. Certes scoundrel days est très très daté, très kitsch mais il y a dans ce disque....
-Messieurs, enfermez le, faites le taire, il a totalement perdu la raison.
- Monsieur le juge !!!!! MONSIEUR LE JUGE : J'AI AUSSI ACHETE LE BRYTER LATER DE NICK DRAKE, LE LOVE BIKES DE KID PHARAON, JOY DIVISION OU ENCORE LE LIVE RUST DE NEIL YOUNG, MONSIEUR LE JUUUUGGGGEEEE !!!
- Comment  ??
- j'ai aussi....
- Oui monsieur myrrhman, j'ai bien compris. Mais tout de suite je m'interroge sur votre cas. Comment une personne saine d'esprit peut acheter dans la même journée A-ha et Nick Drake ? Cela me paraît inconcevable. Messieur ?? je revois le jugement : il apparaît clairement que le prévenu est totalement délirant. Envoyez le faire un tour en psychiatrie, je crois qu'on ne peut plus rien pour lui. Même Kimera n'aura pas raison de lui. Il est évident que cet homme, enfin cette chose, a le cerveau définitivement crâmé et n'est plus capable de distinguer le bon grain de l'ivraie. M'est avis que les plus grands psychiatres vont avoir du fil à retorde avec cet énergumène. Que dieu leur vienne en aide.
- Avant de partir pourrais-je savoir quels sont ces amis qui m'ont envoyés ici ?
- Après tout, sachant que vous n'êtes pas prêt de sortir, je peux vous confier les pseudos qui m'ont été communiqués  : une certaine tulipe, une iris et deux doux-dingues répondant aux noms de Beach Boy et Loner. Un autre s'est porté volontaire pour appuyer leur demande, un certain . . Avouez que c'est peu commun comme nom. En tous cas je vous souhaite une agréable thérapie. Adieu.

samedi 10 septembre 2011

CORRUPTED

Ayé, je suis reviendu.
L'attente n'aura pas été si longue finalement. Enfin si.Que je vous dise : je n'ai toujours pas récupéré mon PC. Mais j'ai remis à neuf un portable qui n'avait plus servi depuis deux ans pour cause de surchauffe intempestive au bout d'une petite dizaine de secondes. Mais on s'en fout de ma vie trépidante, passionnante, revenons à nos moutons, à savoir : what's up doc ?
En cette rentrée fort impressionnante où il ne sort que des galettes estampillées COSR, au hasard le dernier Rapture, le Deus ou encore le monumental DJ Shadow, je m'en vais braquer les projecteurs sur un groupe de déconneurs puissants : Corrupted. Ces Michel Leeb japonais sont naquis en 1995 à Osaka. Ils ont à leur actif cinq albums dont quatre avec des titres..............espagnols (au hasard : paso inferior, el mundo frio) et pratiquent une musique que je qualifierai de légère. En gros : du sludge, du doom, du dark ambient et du drone. Pour compléter le tableau j'ajouterai que c'est un groupe qui sait ce qu'économie de morceau veut dire. Pas plus de trois morceaux par disque et si possible chacun doit faire entre 10 et 71 minutes (avec une bonne moyenne aux alentours de 40 mns). Vous me direz : le tableau dressé ferait peur à n'importe quel auditeur pourvu d'une paire d'oreilles en état de fonctionnement ainsi qu'un cerveau correctement neuroné. Certes. Pourtant, comme faisaient mes amis Johnathan et Jennifer, l'amour du risque vaut parfois qu'on se détruise les conduits auditifs à écouter des japonais irradiés, fous et complétement désespérés. Parce que ces gars n'ont jamais sorti quoi que ce soit de mauvais jusque là. Les quatre albums sortis entre 1995 et 2005 oscillent entre le formidable et le génial, avec deux sommets : le double terrifiant llenadose de gusanos partagé entre une heure d'ambient et trois quart d'heure de sludge/ambient du meilleur effet et le non moins terrifiant el mundo frio.
Cette année ils sortent un nouvel album. Une mini révolution. Celui ci comporte une petite dizaine de morceaux pops, aériens, légers dans lesquels les guitares claires, les arrangements au clavecin prennent une dimension toute nouvelle et ne fait que 28 mns..........................................non, je déconne (ou presque). Là où il y a révolution c'est qu'ils ont abandonné l'espagnol au profit de l'allemand (on déconne comme on peut au japon). Leur nouvel album se nomme donc Garten der Unbewusstheit. En revanche, rien ou presque n'a changé dans leur musique. C'est d'un noir absolu, à peine entrecoupé d'éclaircies pour aérer ce sentiment d'oppression qui nous étreint à chaque minute passé en leur compagnie. Pourtant ça commence tout doux : une guitare claire à la Slint , un accord, une basse, beaucoup de silence et malgré tout une pesanteur renforcée par l'apport de la batterie. En gros les premières minutes rappellent le meilleur de Bohren. C'est hyper statique, tout semble figé, pris dans une putain  de torpeur.qui s'installe, tranquille, et ne semble pas prête de décaniller. C'est là qu'intervient au bout de six-sept minutes Earth. Le groupe américain s'invite et jamme comme un malade avec Bohren. A savoir donc : qui sortira le moins d'accord à la minute et tapera sur ses fûts le plus lentement possible. Heureusement Corrupted reprend le contrôle de tout ce petit monde de gros déconneurs tout d'abord grâce au chanteur et sa voix gutturale puis par un funeral doom vraiment désespéré lent, mélancolique et abordable. Le morceau alterne tension, torpeur, beauté, fascination sans un moment de répit. Le genre de plage que n'est jamais parvenu à approcher (et n'y parviendra jamais de toute façon) toute la clique de GodSpeed en près de vingt années de carrière.Les trente minutes passent comme un souffle : c'est puissant, beau, violent, ça travaille au corps et vous retourne littéralement les tripes quand arrive le second morceau, acoustique, simple, totalement dénudé.Véritable pause aérienne dans un disque claustrophobe. Pause qui se poursuit néanmoins sur le début de la troisième plage et se termine doucement avec l'arrivée de façon graduelle d'une guitare électrique.Tout en douceur d'abord puis elle vous explose sa mélancolie à la gueule sans que vous ne vous y attendiez vraiment.Enfin bon, si un peu quand même. Le morceau se poursuit alors non plus sous le signe de la tension mais sur un mode violemment désespéré. Ces mecs font de la musique pour ne pas se flinguer et tiennent à le faire savoir à leurs auditeurs. Leur funeral doom ferait passer Skepticism pour les petits chanteurs à la croix de bois, le Nick Drake de pink moon pour un trublion. C'est désespérément triste, leur mélancolie semble être un puits sans fond sur laquelle ils apposent des notes, des ambiances pour combler une joie de vivre sans égale. Gekkou no daichi, troisième morceau donc, monte en puissance tout du long pour atteindre un paroxysme, un climax vers la 27ème minute et se termine comme il a commencé : sur des arpèges cristallins. Impressionnant.
Alors certes, c'est pas spécialement gai, certes c'est encore du métal et des morceaux à rallonge mais c'est probablement un album qui finira pour ma part très haut dans la cuvée 2011, pas loin du Cass McCombs. J'en connais certains qui vont sortir les crucifix, crier à l'hérésie mais Corrupted partage avec McCombs une excellence, une puissance rarement atteinte dans leur genre respectif. Après on adhère ou pas mais c'est foutrement bien foutu et Corrupted a un savoir-faire pour rendre les minutes passées en leur compagnie passionnantes, une fois le disque commencé en aucun cas on a envie d'appuyer sur stop, Garten der Unbewusstheit vous happe dès les premières secondes et ne vous relâche qu'au bout d'une heure.
Un grand disque en somme. Et un phare dans cet océan de merdes dont on est abreuvé régulièrement en ces temps difficiles.


mardi 28 décembre 2010

Sharron mon amour

Ayant déjà passé en revue le métal, la pop, le rap, passons aux choses sérieuses. Intéressons nous, en cette fin d'année 2010, à un genre youpi tralala passe moi la corde de ta guitare et faisons une pendaison party avec. On est six , c'est chouette, y aura pas de déchet : la folk.
En cette année 2010, le meilleur album de l'année est aussi celui de Sharron Kraus, the woody nightshade sur lequel je ne m'étendrais pas trop, ayant déjà consacré deux notes à la donzelle. Non pas qu'une troisième serait de trop, loin de là, mais je vais me retrouver à court d'arguments pour à nouveau la défendre, dire tout le bien que j'en pense. Je me verrais dans l'obligation de remplir une note comme je le fais actuellement avec pas mal de vide, un peu de rien et beaucoup de pas grand chose. Peu d'intérêt à faire ça tout compte fait.
Bon toujours est-il qu'après un bon paquet d'écoutes je ne comprends toujours pas comment cette  folk sans âge, austère comme la lecture de l'intégral de Kant, relativement mal embouchée, sans concessions, arrive à me rendre accroc de cette façon. Comment les larmes arrivent presque à me submerger sur once, comment les frissons s'amoncellent  à l'écoute de cet album. Il y a certes la voix exceptionnelle de Kraus qui y est pour beaucoup mais pas que. Elle installe une ambiance, un univers identifiable entre mille qu'on avait pas entendu depuis Shirley Collins. La véritable différence avec ses autres albums est la présence d'une tension, héritée des collaborations avec certains membres d'Espers, fait tout à fait nouveau pour elle. En délaissant le banjo mais en introduisant un soupçon de drone dans sa musique, en l'épurant au maximum,  Kraus prend le risque de tout remettre en question, de mettre pas mal de distance entre elle et l'auditeur pour un résultat passionnant. Sur ses précédents albums subsistait une certaine chaleur, ici tout en apparence est glacé. Bon, en grattant un peu, on se retrouve au coin d'un feu, certes famélique, mais distillant un semblant de vie. On retrouve parfois une certaine douceur ( la fin d'evergreen sisters, once, rejoice in love) mais quand résonnent les dernières notes de traveller between the world, que le voyage prend fin, que la solitude reprend le dessus, on se retrouve là comme un con, un peu paumé, partagé entre désolation et béatitude.
The woody nightshade a cette qualité rare d'être un disque véritablement spirituel s'adressant directement à l'âme, d'une cérébralité pouvant rebuter. En reprenant la métaphore du feu de camp, the woody nightshade fait l'effet d'un feu dont on regarderait  les dernières braises s'éteindre peu à peu distillant un peu d'humanité, de chaleur dans une ambiance glacée.
Ok, je sais, j'y vais un peu fort mais des disques de folk de cette qualité, exposant leurs tripes d'une façon aussi glaçante  j'en ai peu entendu depuis le pink moon de Nick Drake.
Et merde, moi qui venais de dire précédemment que je ferai une note courte je me suis encore planté. Pas bien grave, Sharron kraus mérite qu'on parle (comme ferait notre Nick Drake national et poète révolté à ses heures perdues, Cabrel ) encore et encore d'elle. elle mériterait une reconnaissance mondiale que the woody nightshade n'est pas prêt de lui apporter. Doit-on s'en réjouir ?

jeudi 9 décembre 2010

Musique et joie de vivre

Parfois, voir souvent, il m'arrive de télécharger n'importe quoi ( films, musiques, alcools, putes, tout peut y passer, le self-contrôle est une matière que je maîtrise mal dans ces moments là) avant d'aller me jeter comme une grosse loque informe et inanimée dans mon lit. Le lendemain je me lève, la tronche dans le fion, les cernes sous les yeux, l'haleine chargée, regarde le PC d'un air las et oublie complétement que la veille au soir je venais de télécharger quoi que ce soit.
Parfois, au détour d'une insomnie, je me rends compte que le téléchargement musical que je viens de commettre (ouh le vil pirate, je  mériterais qu'hadopi vienne me fouetter avec des orties fraîchement cueillies tiens) n'est pas terminé. Alors, comme un con, je poireaute devant le PC qui me regarde d'un air las lui aussi, chauffant comme un malade, allumé depuis près de quinze jours sans discontinuer et attends qu'il se termine patiemment.
La vie d'un geek musical est souvent passionnante n'est-il pas ?
Et alors me direz-vous ? il arrive parfois qu'on tombe sur de très bonnes découvertes. Cette nuit donc, au détour d'une putain d'insomnie, il me prend l'envie subite d'écouter The Savings And Loan. Juste pour voir. Sait-on jamais. Déjà, choisir comme nom celui des banques de dépôts spécialisées dans le prêt hypothécaire qui firent capoter l'économie mondiale en 1986 peut mettre la puce à l'oreille quant à l'humour pratiqué par ces gusses. Donc : groupe anglais inconnu au bataillon composé de deux gars originaires de Glasgow. Ceux-ci font dans le folk dépressif tendance slowcore. Avec pour références Cohen, Cave. Voilà pour la bio. J'y ajouterai une grosse part d'Arab Strap ou encore de Nick Drake via Johann Asherton. Toujours est-il que l'album Today I need light, s'il ne révolutionne rien en matière de folk/slowcore est tout à fait audible (voir plus) et comporte de sacrés morceaux (les deux premiers morceaux swallows et lit out sont à tomber : simples, directs, nus soutenus par une voix magnifique entre Asherton et Aidan Moffat et une ambiance proche du premier Sophia pour lit out.). Tout n'est pas du même niveau ( pale water un cran en-dessous des quatre premiers morceaux), ça rame par moment (the star of the county down , pas terrible : tentative échouée de vouloir faire faire du blues à Arab Strap en gros) mais le niveau est suffisamment élevé sur les autres chansons pour qu'on ait envie de terminer l'album en leur compagnie.
En somme encore un groupe de neurasthéniques dépressifs qui fait de la musique pour exorciser un mal de vivre qui transparaît dans chaque chanson. Bref, un groupe spécialement fait pour moi. Chouette. Pourvu que ça dure.


The Savings and Loan - Catholic Boys in the Rain (Live at Song, by Toad) from Song, by Toad on Vimeo.

lundi 8 novembre 2010

the woody nightshade

-Tiens, t'écoutes de la musique de hippie ??? c'est sorti quand, dans les années 70 ton truc là ??
- Le deux novembre dernier.
-Ah bon ??? t'es sur ??
-Oui. Et le fait que ça ait l'air d'une musique de hippie ça t'ennuie ?
-Pas du tout, seulement ça fait drôle de t'entendre écouter ça. Ça change de l'habitude, tes trucs bourrins, bizarres ou inaudibles, voir parfois les trois en même temps.
-(Connasse. Retourne à ton ménage et fais pas chier. Ça je l'ai pensé, pas dit. Lâche je suis, lâche je resterai. Foi de moi-même.) Ben ouais, faut bien changer parfois. Et puis...je savais que ça te ferait plaisir.
-C'est qui ???
-Sharron Kraus. J'ai tous ses albums. Je kiffe grave marace.

Commencer une note, sur un des meilleurs albums sorti cette année, de cette façon fait franchement pitié. Désolé, j'ai rien trouvé d'autre.
Bon, en même temps le woody nightshade de Sharron Kraus est tellement austère que je ne vois pas trop comment je pouvais la commencer autrement.
Pour entrer dans le vif du sujet je dirais qu'il y a longtemps que je n'avais pas écouté de folk aussi beau, intense et prenant. Pas depuis  le II d'Espers. Groupe avec lequel Sharron Kraus partage de nombreux points communs (d'ailleurs le meilleur album d'Espers est sorti en 2006. Pas le II ...quoique... mais la collaboration entre Meg Baird, Helena Epsvall et Sharron Kraus.). Une certaine idée de la folk, puisant ses racines chez les troubadours, pas loin de Dorothy Carter ou encore, lien de parenté absolument évident chez Kraus, Shirley Collins. Du folk hanté, sans âge, sombre, d'où sort parfois quelques trouées lumineuses ( la fin d'evergreen sisters notamment, story). Un folk minimal fait de peu de choses, quelques arpèges, une clochette, un tambourin, installant une ambiance particulière, un univers unique. Le tout relayé par une voix...comment dire...sublime ?? Une voix qui fait vraiment la différence et emporte tout sur son passage. Un instrument à part entière utilisé de façon intelligente. Sharron Kraus sait faire de ce qui pourrait être un handicap une véritable force. Toute la qualité, la force de woody nihghtshade repose sur l'utilisation de cette voix et des possibilités qu'elle en tire (heaviness of heart, morceau magnifique quasi à cappella soutenu à bout de bras par un tambour ainsi qu'une clochette.). Il ne faut pas omettre non plus la qualité d'écriture de la lady, toute en finesse pour un résultat proche de l'os, juste beau. Pas d'effets lacrymales, une émotion brute à laquelle on pourrait reprocher une aridité tant au niveau de l'écriture que de la production.Il manque, pour assouplir le tout, le banjo qui apportait une chaleur sur les autres galettes de la gente dame. Néanmoins, il s'agit d'un album remarquable, addictif , qui ne s'apprivoise que sur le long terme. Pas facile d'accès certes mais qui révèle ses richesses au fur et à mesure des écoutes. Un album qui, au final, s'imposera tout en modestie sur le podium de fin d'année, fera heureusement oublier  la faiblesse du III d'Espers sorti l'an dernier (traveller between the worlds annihile tous les efforts  du III  en un peu plus de cinq minutes , tutoyant  les sommets du I et II.) et imposera Sharron Kraus comme l'égale d'une Bridget St John, Shirley Collins ou encore Nick Drake de ce début de millénaire. Ni plus ni moins (Et justifiera par la même occasion  mon classement dans les dix auteurs/compositeurs/interprétes qui comptent pour moi).

mercredi 3 novembre 2010

Sharron Kraus

Dans un forum, un pote a posé aux participants une question toute con : Et s'il ne devait en rester que dix, auteur-compositeur-interprète, quels seraient-ils ? Aux traditionnels Robert Wyatt, Nick Drake, Mark Kozelek, etc...., un imbécile heureux, qui ne semble pas avoir la lumière à tous les étages, a répondu ceci : Sharron Kraus.
Sharron quoi ?? Kraus. C'est quoi ça ?? Encore une nana qui fait de l'ambient  à deux balles et qui destine ses productions austères à des ados boutonneux attardés de 50 ans à peine sortis de leur crise d'adulescence ??
Ben pas du tout.
Sharron Kraus fait dans le folk à la Shirley Collins et pond,  avec la régularité d'un coucou suisse, tous les deux ans environ, trois maintenant, un chef-d'oeuvre à chaque nouvelle sortie d'album. Ça a commencé en 2002 avec un premier album remarquable, qui posait toutes les fondations de l'oeuvre à venir. Beautiful twisted proposait un folk sans âge dominé par une voix absolument remarquable, une ambiance moyen-âgeuse, très anglaise (ne pas oublier de rappeler que Sharron Kraus est une américaine pur jus) faite de banjo (beaucoup), de guitares accoustiques, de violons lancinants. Deux ans plus tard, elle refait le coup du chef-d'oeuvre en sortant son plus bel album : songs of love & loss. Sur celui-ci elle pousse le concept encore plus loin en élargissant sa palette. L'album embrasse tous les folklores : celui d'Angleterre certes mais aussi celui d'Amérique. L'union des deux donne au final un album magnifique, d'une délicatesse que n'aurait pas renié Nick Drake, la plaçant comme la digne héritière d'une Bridget St John ou encore d'une Shirley Collins. Pourtant, malgré ces influences plus qu'écrasantes, Sharron Kraus parvient à créer un univers qui n'appartient qu'à elle, identifiable entre tous.
En 2007, l'heure de la consécration sonne enfin. The fox's wedding se vend par camions entiers, déversant sa musique sur tous les postes de radio du monde via le label grand public durtro. Du génial David Tibet, autre folkeux barré plus connu sous le nom de Current 93. Kraus sombre alors dans les excès inhérents à cette nouvelle condition : l'alcool, la drogue,  puis la prostitution pour avoir sa came et enfin le meurtre. Un chemin de croix qui ne trouve la rédemption que dans un nouvel album sorti le 2 novembre dernier depuis l'hôpital psy qui l'a prise en charge suite à son emprisonnement.
Bon ok, c'est du grand n'importe quoi. Kraus sort avec the fox's wedding son album le plus accessible, le plus "grand public". Elle élargi un peu son audience sans compromission mais rencontre plus un succès d'estime qu'autre chose. Trop européenne/anglaise pour les américains, trop austère ou intemporel pour le reste du monde.
Outre ses albums sous son propre nom, elle en sort d'autres en collaboration dont un magnifique avec deux Espers : Meg Baird & Helena Espvall. Un pas terrible sous le nom de  Tau Emerauld (collaboration avec Tara Burke de Fursaxa, seul faux-pas d'une carrière jusque là exemplaire) et encore un autre avec Iditarod.

Sharron Kraus construit, en l'espace de trois albums plus les à-côtés, une oeuvre d'une rare cohérence, d'une grande beauté. Elle fait ce qu'elle sait faire de mieux : un folk a/intemporel, libéré. Cependant, comme pour ses illustres aînés à leur époque, tout le mode s'en bat royalement le coquillard. On la redécouvrira probablement dans vingt ans quand un type du genre Bananahart Split l'invitera sur son disque, comme l'autre l'a fait avec Vashti Bunyan.
En attendant, elle sort un nouvel album, excellent as usual, the woody nightshade. Qui fera l'objet d'une prochaine note. Voilà.

samedi 23 octobre 2010

douceur norvégienne

Reprise en douceur avec une douce inconnue, Anne Marie Almedal.  Cette norvégienne officiant dans le folk nous a sorti de sa manche une très belle reprise de Massive Attack en guise d'introduction de son nouvel album blue sky blue. D'aucuns parlent de Nick Drake, Kate Bush , Everything But The Girl ou encore Talk Talk à son propos, moi j'y verrais plus une version nordique des américains classieux d'Over The Rhine. Pas mauvais non plus me direz-vous.