Pour la St Yves en ce dimanche dominical de novembre, il fallait un remontant surpuissant pour affronter les conditions sibériennes proposées par une météo un tant soit peu capricieuse (Pour mémoire nous ne sommes qu'à un mois de l'été).
Un morceau qui te fout la patate, qui te donne envie de te lever non pas pour démarrer ta journée de façon normale mais pour exploser ton PC tellement l'inaudibilité.
Sandra Kim est de cette trempe.
Cette gagnante de l'eurovision cuvée 1986 (véritable vivier à saloperie ma foi) a sorti un 45 tours en 1987 pas piqué des hannetons. Dans un éclair de lucidité terrible, elle a choisi de l'appeler sorry. Je ne vous fais pas trop le compte-rendu mais sachez que Sandra Kim semble aimer Jean-Michel Jarre, les batteurs bûcherons estampillés 80's, la Motown, Whitney Houston et Prince.
Ce genre de melting-pot vous assure une saloperie dominicale assez redoutable et suffisamment inaudible pour avoir envie de jeter le PC par la fenêtre ou, plus simplement, d'appuyer sur stop à la fin des trois premières secondes.
- Bonjour,
bienvenue en centre d'addictologie, vous venez pour quelle raison ??
- Une désintoxication madame.
- Quel produit ??? alcool, héroïne, cocaïne, cigarette, cannabis, chocolat, onanisme ???
- Non madame. C'est autre chose.
-Ah ???
-Oui, j'ai contracté une addiction à un produit inconnu jusque là : le Kevin Tihista's Red Terror. C'est une nouvelle forme d'addiction. Essentiellement musicale, à base de voix, de guitares, principalement. J'avais déjà eu des symptômes similaires il y a quelques années avec un autre objet dans le même style mais là je crois que c'est pire.
- Quel était cet objet, Monsieur....... ????
- Myrrhman madame.
- Oui. Mais quel était cet objet ?
- There's never been a crowd like this que ça s'appelait. L'auteur de ce méfait se faisait appeler Richard Davies. Une bien belle crevure ce Davies, je vous le dis. Des mois voir des années de désintox qu'il m'a fallu pour m'en dépêtrer. Il m'en reste quelques traces d'ailleurs. Je me rappelle avoir eu des symptômes similaires avec un certain John Vanderslice, autre belle pourriture tiens.
- Ahhhhhhhhhh oui en effet, j'ai souvenir d'avoir aidé certains névrosés à s'en débarrasser. Traitement difficile par ailleurs,certains en sont morts. Et là, si je vous comprends bien, vous me dites que c'est pire ?
- Oui. OUi. OUIIIIIIIIIIIIIIIIII.
- Doucement. Ce n'est rien, prenez ceci, ça vous aidera à vous détendre.
- M-m-merci.
- Allez, monsieur, racontez moi tout.
- Bon, je me lance parce qu'il faut crever l'abcès tout de suite, ne pas le laisser suppurer...
par où vais-je commencer ??? Probablement par le choc que vous vous prenez quand cette enflure de Kevin, en guise d'introduction, scande ceci : No one's going to leave you ever again, I will be here with you until the end/ my friend once said.... Now there's a million reasons why she's leaving/ Number one she hates the fact that I'm breathing Not to mention all the drugging & tricking/Well to me that's just a typical evening...
vous savez, en vous prenant ça dans la tronche, que vous allez avoir du mal à vous en remettre.Que le chemin en sa compagnie va être long, la désintox très mais alors très difficile. Vous vous dites que le dernier à avoir écrit de telles vacheries aussi brillamment a fini dans vos albums de chevet mais aussi avec un AVC ( à croire que trop de matière grise finit par provoquer de graves lésions) . Plus loin sur bats quand il entame le refrain : i gave her one good reason to stay here, she gave me two better reasons to leave,
on se dit que décidément, ce Kevin, il a tout compris quant aux rapports humains. De l'humour, noir anthracite si possible, il en a à revendre à la pelle.Et le dissémine tout au long d'on this dark street.
En revanche il sait aussi être sérieux, avoir une écriture fine, observatrice et absolument terrible, très proche en cela d'un JohnVanderslice, cette enflure de crevure.
Quand il écrit sur don't let him in : My mother's crying/Which always make me cry She said this man is poison/He destroyed all our lives
ou encore : He knocked my mother down / Right there in the kitchen He was on top of her / I dug that knife beneath his chin.
c'est le cellar door ou encore song of the good wife qui apparaît en filigrane soit la finesse d'observation de Vanderslice plus la cruauté de Knox.
Dans ce cas là, je vous le dis clairement : comment voulez-vous que je m'en sorte ???
- En effet, ça ne va pas être simple. Le cas paraît plus difficile encore que Davies. Pour ça je ne vois guère que.....
- Mais attendez, je n'ai pas fini : je ne vous ai parlé que des paroles, pas de la musique. Parce qu'en plus cette salope de Kevin Tihista est un excellent musicien/mélodiste. Non seulement cette raclure navigue dans les mêmes eaux qu'un Richard Davies ou encore un Elliott Smith concernant l'aisance mélodique mais musicalement on entend dans on this dark street des bribes de Nick Drake période bryter later (micky), de House Of Love (bats), The Beautiful South première époque (teenage werewolf) et tout ce qui constitue le haut du panier en matière de pop. En y prêtant même bien l'oreille on est capable d'y déceler du Prince (N carolina a des faux airs de diamonds & pearls). Je vous le dis : il est pas humain ce type.
- ....
- Et le pire là-dedans c'est qu'il a attendu huit ans avant de pondre un tel truc. Huit années pendant lesquelles il a dégraissé sa musique, acéré sa plume pour aller à l'essentiel. Un album de dix morceaux à obédience acoustiques, mélodiquement imparables. Vous comprenez : quand j'ai vu la pochette, inoffensive comme y a pas, je me suis pas méfié moi... qui se méfierait d'un chien dans la neige ??? Personne vous m'entendez ??? !!! PERSONNE !!!!!
j'avais mis des années à me défaire de Davies, mais là je suis désespéré, aidez-moi, faites quelque chose....
- Bon écoutez monsieur Myrrhman, votre cas constitue effectivement une urgence psychiatrique. Je me renseigne auprès du service du Dr Garou, savoir s'il reste une place disponible. Je crains malheureusement que vos lésions soient irréversibles. Il en a soigné des cognés mais un cas comme le votre sera un véritable défi pour lui. Laissez moi lui parler.....
De nouveau la suite de ce feuilleton haletant, comment cela va-t-il se terminer ?? Ah, ah. Lisez la suite :
Bon par où commencer cette nouvelle note sur un de mes albums
préférés de tous les temps ? Continuer l'histoire de Talk Talk au
moment où ils vont enregistrer spirit of eden ? Pourquoi pas ! Allez,
hop, c'est parti : Hollis et Griene, devenus les véritables têtes
pensantes de Talk Talk, se sont mis dans le crâne de ne plus se répéter.
Pour cela ils engagent un nouveau producteur, Phil Brown, connu pour
avoir produit Hendrix, Led Zep, Marley. Changent leurs méthodes
d'enregistrement (en gros, dans une ancienne église au nord de Londres
avec pour seul source de lumières une rampe de spots s'allumant au
rythme de la batterie de Lee Harris et un projecteur à huile pour la
pièce de contrôle.). L'enregistrement dura 9 mois, dans l'obscurité,
déformant la notion d'espace temps, créant une ambiance étrange. Leur
méthode de travail aussi : Griene et Hollis enregistrent le travail des
musiciens puis effacent 99% de la bande eux compris. Ne gardant
finalement que ce qui leur convenait au prix de frustrations énormes
pour les autres musiciens. Moralité : en 88 sort l'un des plus beaux
albums de tous les temps (enfin de mon humble point de vue). Ni pop, ni
jazz, ni rock, ni classique mais tout cela à la fois. Je me souviens que
les premières écoutes en 88 m'ont littéralement happé. Comprenez moi
bien: passer des Pogues, Tracy Chapman, Sade ou Prince période lovesexy à
spirit of eden, il y a un abîme dont je ne me suis jamais remis. Déjà
en découvrant les morceaux derrière la pochette je me disais : putain
six titres, ils se sont pas foulés !!! Quand j'ai ouvert le disque (un
vinyle que j'ai toujours, en parfait état) et que j'ai regardé la
première face, ne voyant aucune coupure entre les morceaux, ça m'a
plutôt surpris. C'était aussi le premier disque que j'avais enregistré
en DMM ( direct metal mastering, procédé assurant une meilleure qualité
de son aux vinyles) avec un son nickel. Bon, en le posant sur la
platine, là j'ai eu un de mes premiers grands chocs musicaux. Le genre
qui vous fait entrer dans une autre catégorie : on passe de l'auditeur
distrait, futile, celui qui écoute avec enthousiasme mais sans véritable
passion Toni Childs ou Jeff Healey Band à celui de mélomane averti,
passionné voir acharné qui ne comprend pas pourquoi un de ses groupes
préférés ne vend rien mais a le sentiment intime d'avoir touché du doigt
un moment unique, un graal musical. C'est exactement ce qui m'est
arrivé à 15 ans lors de la sortie de spirit of eden. J'ai eu le
sentiment de devenir quelqu'un de plus intéressant, d'à part
(musicalement parlant hein !). J'adorais un disque auquel personne ne
s'intéressait, dont personne n'avait entendu parlé et chaque fois que je
pouvais le faire écouter à des amis, je savais que ceux-ci seraient
pour la plupart retournés par ce qu'ils venaient d'entendre. Ceux qui
n'appréciaient pas devenaient des cons, des personnes inintéressantes
(qu'est ce qu'on peut être con à cet âge là !!) qui ne méritaient pas
que je m'intéresse à eux. Je me rendais aussi compte que question
musique je devenais une sorte de paria, le mec qui écoute de la musique
bizarre. Mais je dois avouer que je m'en foutais royalement, j'étais sur
d'être dans le droit chemin. L'avenir ne m'a pas donné tort de ce point
de vue là : 21 ans après je le réécoute avec toujours autant de
frissons et je suis toujours persuadé qu'il s'agit là d'un des 10 albums
que j'emporterai dans ma tombe.
Alors
de quoi il retourne ? hein ? de 6 morceaux découpés en 4 ou
inversement. En fait une première face de 23 mns en trois parties et une
seconde avec 3 véritables morceaux, d'une durée approximative de 5 mns
au minimum chacun. La première face the rainbow déploie en effet toutes
les couleurs qui peuvent être décrites dans la musique, toutes les
teintes allant de la spiritualité, l'apaisement à la rage destructrice,
au vacarme le plus fou (desire en est un bel exemple.), déchire
littéralement ceux à qui il restait un espoir d'entrevoir une chanson
pop, un refrain ou quelque chose de ce goût là. Non Talk Talk balaie
d'un revers de la main cette tentation et impose Sa
vision de la musique : profonde, mystérieuse, exigeante, d'une
cohérence incroyable malgré les conditions d'enregistrement, flirtant de
plus en plus avec le silence, en faisant le principal acteur de ce
disque (ainsi que du prochain), ayant plus à voir avec le classique,
allant au bout du bout de sa démarche jusqu'au-boutiste. Au début de the
rainbow, Hollis murmure plus qu'il ne chante, se confie. Au fur et à
mesure des 23 minutes, à mesure que la tension monte, le ton de la voix
suit le même chemin et finit par hurler au-dessus d'un vacarme
assourdissant : that ain't me babe". C'est peut-être pas toi mais en
tous cas tu viens d'inventer avec ce morceau de 23 mns un courant qui va
faire fureur dans les années 90 : le post-rock. L'art de l'épure, des
montagnes russes (tension-calme-tension ) dont saura si bien se servir
GodSpeed!, tout vient de là. On a donc une première face violente,
tendue à l'extrême, passionnante, longue et rock on aura droit à une
seconde complétement opposée mais tout aussi passionnante. Calme, jazz,
empreinte de religion, de recueillement, plus courte presque d'un
format pop mais évitant ce chemin à tout prix. Introspectif dans ses
paroles abordant des thémes le touchant de près (drogue, mort,
spiritualité), Hollis paraît beaucoup plus touchant mais aussi absent
s'en allant sur la pointe des pieds avec un wealth touchant au sublime.
De toutes façons,de mon point de vue bien sur, tout dans cet album
touche au sublime : les choeurs de i believe in you, apportant
spiritualité et une émotion rare, l'orgue de wealth qui s'en va peu à
peu comme la vie s'en va d'un corps, paisiblement mais surement, le jazz
jouant à cache-cache avec le silence de inheritance. Talk Talk finit
ici sa mue entreprise lors de the colour of spring, se débarrasse
définitivement de ses oripeaux pop pour atteindre une sorte de nirvana,
une beauté sublime qu'aucun groupe actuel, toujours à mon humble avis,
n'a atteint jusqu'ici. Le pire c'est que trois ans après ils remettront
ça avec un laughing stock aussi indispensable et superbe que celui-ci.
Inutile
de dire que l'album ne se vendit pas, ses ventes furent catastrophiques
et ont permis à EMI de se débarrasser d'eux. Ce qui de toutes façons,
arrangea bien le groupe.
c'est curieux parfois comment la pochette d'un disque n'a rien à voir avec le contenu. Vous vous en foutez je sais mais quand un disque atteint une telle classe, une telle excellence, il est dommageable pour celui-ci de ne pas avoir une pochette à l'avenant.Vous vous demandez probablement à quel disque je fais référence. Le voodoo de D'angelo. C'est vrai quoi, la pochette est tout de même la première chose qu'on regarde quand on achète un disque, non ? Et là, que voit on ? un black dépoitraillé, sans un poil, roulant des mécaniques, musculature parfaite, bref le genre de mec qui a tout pour lui et veut que ça se sache. Salaud va. En voyant ça on se dit que la musique va être à l'image de la pochette : un gros rap de mierda genre 50 cent, un rap sans contenu qui en fout plein la vue. Mais bon, en y regardant d'un peu plus près on s'aperçoit que s'il prend la pose comme un bad boy, aucune bagouze ne dépasse, aucun signe extérieur de richesse ne pointe le bout de sa casquette, rien, hormis un pendentif orné d'une croix. Bordel de merde, y aurait-il tromperie sur la marchandise ?? Ben ouais. La nudité de D'angelo rappelle celle du disque tandis que la croix si fièrement arborée celle de la spiritualité qui se dégage de cette galette hors du commun.Car oui, bordel de merde, si ce disque transpire la sensualité, porte la sexualité en étendard, il n'en est pas moins un monument de spiritualité. Voodoo suinte la classe de la première à la dernière note, se hisse au niveau des meilleurs Prince (untitled est du niveau d'adore sur le sign o the times.), Marvin Gaye ou encore Al Green, redéfinit la soul des années 2000, rend un hommage appuyé aux glorieux ainés et écrase la concurrence qui ne s'est toujours pas remise de la sortie de ce CO. Dix ans après aucun disque dans la catégorie néo-soul ne lui arrive à l'ongle de l'orteil du doigt de pied. D'angelo a su capter l'essentiel en élaguant, en réduisant l'instrumentation au minimum syndical, en bradycardisant le rythme, en faisant un travail sur les voix assez démentiel. Il s'agit là d'un long trip exceptionnel au coeur de la soul, qui prend le temps qu'il lui faut (pas loin de 80mns tout de même) mais dont on a du mal à se remettre. Pour preuve l'auteur de ce voodoo n'a rien refait depuis. Dix ans qu'on attend, la bave aux commissures des lèvres, une hypothétique suite. Annoncé pour 2010, james river sera probablement pour la soul ce que le prochain album de My Bloody Valentine a été pour le mouvement shoegazer : une arlésienne. En attendant, comme pour My Bloody Valentine, on s'en fout royalement. L'essentiel a été dit et de façon remarquable. Dix après sa sortie je n'ai toujours pas réussi à épuiser, cerner, les contours de ce voodoo. S'il a une pochette qui de mon point de vue (jaloux bien évidemment) est forcément merdique, son titre par contre lui colle parfaitement à la peau. L'attrait exercé par ce disque n'en finit pas de me surprendre, voodoo envoûte et ne lâche prise qu'à la dernière note.Grand, très grand disque.
une dernière chose, la vidéo est à se chier dessus.Je ne sais pas qui est le con qui se prend pour D'angelo mais visiblement je ne pense pas qu'il ait compris le sens du mot spirituel. Que ça ne vous empêche pas d'écouter ce remarquable morceau par contre.