lundi 18 juin 2012

Arlt : feu la figure

Si je tenais en face de moi Eloïse et Sing Sing d'Arlt, je peux vous assurer que ces deux énergumènes passeraient un putain de sale quart d'heure en ma compagnie. S'ils étaient devant moi je leur dirais précisément : ça vous dirait de faire un disque "normal" ??? Vous savez ce que c'est au moins un disque ??? Vous savez, une galette  sur laquelle sont gravées des chansons structurées du style couplet/refrain avec des paroles qu'on comprend dessus. Ça vous dit quelque chose ????
Putain, je vous le dis : ils ont un bol monstrueux de ne pas se trouver devant moi.
C'est vrai quoi : vous avez jeter une oreille à feu la figure vous ???
Vous avez déjà entendu un truc pareil vous en chanson française ???
pour commencer il n'y a pas d'arrangements, pas de cordes, pas de batterie, rien. Il y a bien quelques guitares mais elles paraissent  faméliques. Mais putain mais elle est où votre ambition , Arlt ?? Je sais pas moi, prenez exemple sur Amel Bent ou, dans une veine plus intello : Bénabar. Chez eux on la sent bien l'ambition, elle envoie du bois, chaque titre te pète à la gueule, a une vie propre à soi.
Chez vous il y a quoi ?? une guitare qui se branle sans jamais parvenir à jouir, des paroles incomprenables et ridicules, des voix horripilantes s'entrecroisant...........

MAIS TA GUEULE !!!!!!!!!!!!!
retourne écouter  tes merdes et arrête de raconter n'importe quoi. 
MERCI.

Je reprends le fil de cette note parce que là ça part quelque peu en vrille. Cependant, s'il y a bien un point sur lequel je suis d'accord avec l'abruti du dessus c'est celui-là : si j'avais Sing Sing et Eloïse en face de moi je te les engueulerais copieusement mais pas pour les mêmes raisons, loin de là. Je leur dirais que feu la figure est un album absolument in-cri-ti-quable. C'est un tel OSNI qu'on ne sait par quel bout l'appréhender. On lui reconnaît ça et là quelques figures tutélaires : les Pixies de vamos sur surfer rosa ( chien mort, mi amor m'y fait irrémédiablement penser), Bunuel, Fontaine, Areski pour l'absurdité, le surréalisme, Fersen pour le bestiaire (un jour il faudra que je déclare officiellement ma flamme envers qu4tre que je tiens pour un des plus grands disques de chanson française de ces vingt dernières années), Albini période arise therefore de Palace pour l'aridité qui se dégage de chaque titre. Mais, à part ces quelques références, Arlt ne ressemble à rien d'autre qu'à eux même. Ceux qui s'étaient pris une bonne grosse claque avec la langue ( le premier album d'Arlt, pas l'organe, bande de crétins patentés) vont pouvoir tendre l'autre joue, préparer le matelas et appeler direct le samu, feu la figure devrait les terrasser dès les premières secondes. Je n'évoquerai pas les conditions d'enregistrement de l'album, pour plus de détails lisez l'excellente review track par track de Sing Sing et Eloïse sur pinkushion, je dirais simplement qu'Arlt creuse son sillon encore plus profondément, l'asséchant au maximum. La musique en est réduite à sa plus simple expression -quelques guitares qui électrisent jusqu'à l'os- sans pour autant être à court d'idées.
Elle est si aride cette musique qu'elle finit par contaminer la langue, la déshydratant à tel point que les propos finissent par devenir absurdes tendance surréalistes si ce n'est incompréhensibles. Bourrés (dans tous les sens du terme) de jeux de mots laids, de sous-entendus salaces (tu as la bouche pleine, tu as les dents froides, tu m'aimes bien ça se voit), de métaphores animalières, Arlt fait feu des figures de styles en tous genres, tord la langue (le système de signes linguistiques, pas l'album) n'importe comment,  se joue des doubles (voir triples) sens, la malaxe comme seul pouvait  se le permettre  Bashung, jouant sur la compréhension instinctuelle voir sensorielle plus qu'immédiate.
Pour autant feu la figure n'est pas un disque de chanson française masturbatoire élitiste qui ne mène à rien.
Non, bien au contraire : le charme est immédiat, direct, frontal. Les mélodies vous sautent en premier lieu à la gueule, vous foutent K.O puis vous prennent par la main, vous accompagnent en tout temps en tous lieux, s'implantent dans votre crâne et finissent par ne plus vous lâcher. Rien que ça.
Autre chose : parce que je suis un mec sympa, je vous préviens tout de go : entamer l'écoute de feu la figure c'est aussi risquer d'entrer dans une véritable névrose obsessionnelle. Chaque écoute accentue le mystère : d'apparence simples, les chansons fourmillent de détails, de contre-temps inexplicables, de mélodies avortées, de solis tués dans l'oeuf. On croit tenir une explication, un semblant de rationalité et là, manque de bol, on découvre encore un détail, un accord, une note à côté de laquelle on était passé. En somme, on l'écoute une fois, deux puis trois puis après c'est mort  : on voit des rhinocéros partout, des sauterelles vous envahissent l'esprit, une fièvre de cheval vous terrasse jusqu'à ce que vous en perdiez vos bras. Bref,  l'obsession fait son travail de sape, la concurrence française fait la gueule surtout lorsque vous décidez de revendre les 3/4 de votre discothèque rayon français pour n'en garder que la substantifique moelle des chanteurs ou groupes casse-gueules, réduisant votre rayon à une dizaine d'indispensables. Vous finissez par vous demander comment vous avez pu en arriver là, comment, avec rien (deux voix, quelques guitares) Arlt a su créer un univers d'une telle richesse dans lequel vous avez littéralement plongé; comment en deux ans, en électrifiant et asséchant sa musique Arlt a su se rendre aussi indispensable. La réponse la plus simple est peut-être de retourner écouter feu la figure.Encore. Et encore.


samedi 16 juin 2012

Zzzzz Top

Chuuuuuuuuuuuuuuuuut................
entrez tout doucement, ne faites pas de bruit...
asseyez vous, prenez place.....ça devrait commencer dans peu de temps.
La feutrine est en place, les murs suffisamment capitonnés, tout est sous contrôle, rien n'est laissé au hasard. Les sièges vous conviennent-ils ?
Vous ne le savez probablement pas mais vous êtes ici conviés à une expérience peu commune : l'entrée dans un univers parallèle. Il y a eu des précédents, ne vous inquiétez pas. En 1994, hex de Bark Psychosis suivi en 1995 de pygmalion de Slowdive puis the cycle of days and seasons de Hood en 1999.
L'expérience à laquelle vous êtes conviés suivra de près les traces hypnotiques de ces illustres prédécesseurs. Pour ce faire, je ne peux que vous conseiller de vous laisser aller, ne luttez pas, ça ne sert à rien :  installez vous confortablement, fermez les yeux, laissez vous bercer par ce rythme cotonneux, cette musique en apesanteur. Appréciez chaque variations, suivez le chemin sinueux de cet orgue au loin, laissez vous guider par ces guitares aériennes amenant parfois une tension salvatrice, laissez vous cueillir par ces chuchotements, bercer au son d'une basse réconfortante, chaleureuse .
Ne cherchez pas de véritables lignes mélodiques, là n'est pas le propos. Il s'agit ici de créer une ambiance, une sorte d'enveloppe amniotique vous protégeant de toute agression extérieure. Pendant près de quarante minutes rien ne pourra vous atteindre : vous sombrerez peu à peu dans une léthargie bienveillante,vous suivrez le rythme bradycardisant de la batterie, renforcé par une basse ayant avalé la totalité du tranxene produit cette année en France, vous partirez complétement à la dérive.
Néanmoins si cela vous effraie quelque peu, ne craignez rien : la dernière minute de cette expérience se chargera de vous ramener à la réalité, de vous faire redescendre illico, de retrouver le goût de la terre ferme  en deux temps trois mouvements.
Qu'en pensez-vous ?? Êtes-vous prêt à tenter l'expérience ?
Puisque vous êtes là, n'hésitez pas. Et puis pour tout vous dire, entrer dans un univers parallèle empreint d'une telle douceur sans avoir recours à une quelconque substance psychotrope, je dois avouer que c'est alléchant.
Vous voudriez en savoir plus ??!! bon signe ça.
Mais........pas de chance pour vous : moins vous en saurez, mieux ce sera. C'est difficile, je sais mais si vous voulez connaître une expérience, n'y-a-t-il pas meilleur moyen de la vivre intensément que de ne rien en savoir ou très peu ?
Alors prenez place et suivez votre instinct. Je suis sur que vous ne le regretterez pas.
Pour tous ceux qui tiennent à le savoir, l'espèce d'enflure du dessus qui a beaucoup palabré pour ne rien dire parlait de the world is a house on fire, le nouvel (et formidable) album de Zelienople. Soit 41 minutes de post-rock, d'ambient, d'influences free-jazz (colored) voir dub ;  la rencontre au sommet entre Slowdive et Bark Psychosis dont il tutoie les sommets issus de hex le temps d'un superbe the real devil. Ne me remerciez pas, je suis là pour ça

jeudi 14 juin 2012

Francis Harris

Suite à mon dernier billet pour lequel j'ai reçu une tonne de mails  ainsi qu'un nombre incalculables de commentaires enthousiastes voir limite délirants, je me suis décidé à re-maltraiter mon clavier de façon plus régulière que ces deux derniers mois. Vous me direz : vu le nombre de notes pondues en deux mois, t'auras pas de mal à faire mieux, sale feignasse de corse.
Ce à quoi je rétorquerais : ...


Ce préambule passé, ainsi que ma convalescence, attaquons sérieusement le sujet avec un album passé plutôt inaperçu en ces contrées francophiles :  leland de Francis Harris.
 Hein ?? Kesako ???
Vu la bande d'ignares incultes que vous êtes, je vous préciserai que le sieur est américain et pratique une techno deep house de fort bonne facture. Son premier album sous son nom, leland, est une véritable tuerie, une invitation à la glande, un truc à faire passer St Germain pour un putain d'agité du bocal, du lounge de grande classe. Vous vous dites : on nous a déjà vendu le même produit il y a un peu plus d'une dizaine d'années avec le tourist de St Germain. De la deep house lounge pour bobos, plus que gonflante sur la longueur. Certes mais en dix ans Harris a su écarter les écueils d'un tourist pour ne  prendre que le meilleur de la deep house en y introduisant de véritables instruments live. Sur leland, vous croiserez : une trompette sur plusieurs morceaux, un violoncelle, des vocaux blues évoquant Nina Simone (formidable Gry Bagøien), quelques cymbales, le tout dans un équilibre quasi parfait. La deep house voir le dub se marie de façon  parfaitement adaptée au jazz proposé par Harris (et réciproquement), invitant à la glande plus que propice ( pharoah in the morning dans ce style est limite sublime quand même hein).
Leland dans sa structure est parfaitement conforme à ce que l'on peut attendre d'un album deep house dans ce qu'il y a de plus caricatural, à savoir quelque chose de vaguement dansant, vaguement lounge, une sorte de musique d'ascenseur  faite pour les cocktails chiants ou les fins de soirées impersonnelles. Le plus qu'apporte Harris est une profondeur peu commune : à l'efficacité des rythmes techno s'ajoute une touche humaine voir mélancolique qui n'envahit pas complétement les morceaux mais les torpille de l'intérieur (le meilleur exemple reste close air : le violoncelle avance à pas feutrés et finit par devenir obsédant à force de vouloir rester en retrait). Résultat : en soirée vous sirotez votre cocktail, vous n'êtes pas loin de vous faire chier puis, au bout de deux morceaux, vous chialez sans comprendre pourquoi en dansant comme un con, éliminant quelques litres de sueurs et de larmes. Frôlant la déshydratation. C'est là l'effet Harris : proposer une house/tech house/dub/techno relativement classique, efficace et lui apporter une touche d'humanitude. C'est  également d'apporter suffisamment de maturité, de tension, de doser d'une main de maître l'humain et la machine pour rendre leland passionnant sur près de 80 minutes, faire en sorte qu' à aucun moment on n'ait  envie de lâcher l'affaire et réussir l'exploit de le rendre accessible à tout un chacun. Leland finit par envoûter de façon doucereuse sans vraiment y être préparé, on y entre un peu par effraction et on finit par ne plus vouloir en partir. Au final de la house bien plus deep qu'il n'y paraît.

Mais, comme je sais que vous êtes une belle bande de blaireaux incultes incapables de croire le moindre de mes mots tapés avec amour et douceur sur ce clavier, je ne peux que vous conseiller d'aller faire un tour ici et là afin de vérifier la véracité de mes dires. Eux expliqueront mieux que moi la profondeur de leland.

mercredi 30 mai 2012

Paulo te quiero

Comme la mode actuelle est aux disques courts mais intenses (voyez le Daughn Gibson, le Kevin Tihista ou encore le Monochrome Set) je ferai une note courte et intense en posant une question certes con mais néanmoins pertinente :
Quel disque aurait pondu Johnny Cash s'il avait écouté en boucle song d'It's Immaterial  en essayant de le reproduire façon ting des Nits ?

Ebauche de réponse donc : 

Probablement un disque d'une rare délicatesse, quelque chose de minéral, brut voir bouleversant,  ressemblant de près au mid air de Paul Buchanan. Soit, dans le cas présent, quatorze haïkus musicaux, fragiles, pour lesquels les arrangements se résument à rien ou peu : une voix, un piano, quelques claviers et un silence, omniprésent. Avec cette configuration, minimale, Buchanan parvient au maximum d'émotions et finirait par rendre sensible une bande de mormons autarciques et autistes. Un miracle en somme.

Pour clore cette courte, mais intense, note, j'ajouterai que mid air ressemble un peu à un fantasme, une chimère :  pour tout dire, il s'agit de l'album qu'on rêverait d'entendre de la part de John Cale. Un disque simple, habité, débarrassé de toute folie, une sorte de fragments of a rainy season apaisé. Vous en rêviez depuis 1973 et Paris 1919, ou encore 1998 et l'album solo d'Hollis,  Buchanan l'a fait. Un miracle en somme.


dimanche 27 mai 2012

la saloperie du dimanche

Marc Drouin m'a tuer. A petit feu certes mais il m'a tuer.
Il m'aura tout de même fallu deux semaines pour m'en remettre. Et comme je suis un peu con et pervers, je remets le couvert. Parce que ce mec semble être une source inépuisable de pure saloperie. Que ce soit sous son nom ou en faisant "chanter" d'autres que lui, le résultat est le même : Autre.
La preuve avec Geneviève Lapointe et son inénarrable pied de poule. Paroles incompréhensibles ( l'impression que Drouin a voulu faire son comme à la radio de Fontaine, sans en avoir le talent), musique cheap (à la pointe de la modernitude à cette époque), refrain à l'épreuve du ridicule (one two, one two tres four : dansons, dansons, le pied de poule), clip Kubrickien en diable,chorégraphie digne de Fame sous acides, chanteuse ayant pris des cours chez Guesh ¨Patti et enfin look Nina Hagen des bas-fonds, tous les ingrédients sont réunis pour que je rempile au moins pour trois semaines. Quand en plus on sait que ce titre est tiré d'une comédie musicale, on est à même de se poser la question qui tue : et si tout cela était vraiment sérieux ??
J'en frémis rien qu'à cette pensée

dimanche 13 mai 2012

la saloperie du dimanche

Vis ta vinaigrette.
VIS TA vinaigrette !!!
VIS TA VINAIGRETTE BORDEL DE MERDE !!!!

Face à tant de génie, je reste sans voix. Je ne sais que faire, que dire.

Vis ta vinaigrette est ce que j'appelle une Oeuvre Total.
Une oeuvre pensée, imaginée, faite par un type qui m'apparaît être sérieusement mazouté du caisson.
 Non mais sérieux, ça fait une semaine que j'ai découvert ce titre (et surtout ce clip) et je suis encore en train de me poser des questions sur la santé mentale de ce type.
 Evitez par ailleurs de trop la regarder cette vidéo.
Elle est maudite.
Vous connaissez Jean Claude Van Damme ??? Ce que vous ne saviez pas, et je vais vous l'apprendre, c'est qu'au début des années 80, le grand Jean-Claude était un des plus grands théologiens belge reconnu par ses pairs. La carrière de JC était toute tracée : fin des études en 1987 puis entrée  dans les ordres et enfin dans le parlement sous l'étiquette chrétien démocrate. Une brillante carrière s'offrait à lui. Jusqu'à ce qu'un petit malin lui fasse découvrir  vis ta vinaigrette. Le pauvre s'est enfermé 66 jours sans manger ni boire. Il s'est usé la rétine sur  une trentaine de VHS de deux heures à visionner vis ta vinaigrette, à en déchiffrer le sens caché. Après avoir écrit une thèse de deux mille pages, qu'il a fini par brûler, il s'est converti aux arts martiaux et a terminé de se cramer complétement le peu de neurones qu'il lui restait en revisionnant ces cassettes nuit et jour jusqu'à ce que le magnéto rende l'âme. Une fois celui-ci crevé, il s'est dit dans un accès de lucidité : je veux devenir un aussi bon acteur que Marc Drouin dans son clip.
Souhait réalisé au-delà de ses espérances ma foi.
La vie est d'une cruauté sans nom.