samedi 30 avril 2011

late morning light

Tu te lèves, il fait beau, relativement chaud, la journée débute fort sympathiquement. Tu te fais chauffer ton café (ou ton thé ça dépend), tu vas chez le boulanger chercher ta baguette fraîche. Tu t'installes à ta terrasse, devant ton bol, il fait beau, doux. C'est presque le paradis. Presque. Parce que tu ne sais pas quoi écouter pour accompagner ce délicieux moment. Tu aimerais quelque chose de frais, sympa, garanti sans prise de tête.Quelque chose qui te rappelle le printemps, que tu puisses fredonner à tue-tête, un truc nonchalant, court. En gros, un disque capable à lui seul de résumer cinquante années de pop anglaise. Frais comme du Beatles, du Byrds, mélodique comme du Teenage Fan Club, immédiat comme du Jesus And Mary Chain. Tu aimerais aussi une touche de Stone Roses, un peu d'Oasis sans la  suffisance des frangins Gallagher o ul'aisance mélodique de Lee Mavers ?
Dans ce cas, détends toi, j'ai ce qu'il te faut dans ma besace. Le premier album de The See See : late morning light.  C'est absolument pas révolutionnaire, c'est de la pop dans le sens le plus large possible, ça ne se prend pas la tête mais c'est suffisamment malin, mélodique pour emporter le morceau. Late morning light respire la simplicité, on est ici en terrain connu (la pop anglaise des années 60, la plupart du temps) mais il se dégage de ce disque une énergie, une fraîcheur qui me rappelle celle déployée par Nicole Willis, Sharon Jones ou Kings Of Forths dans un style plus soul. Un revival fait avec une simplicité certaine ainsi qu'un grand talent. C'est pas grand chose me concernant mais ça suffit à ensoleiller ma journée. C'est vrai quoi : un album d'une trentaine de minutes, gorgé de pop, de refrains faciles, d'influences clairement identifiables, qui ne se prend pas la tête, je ne sais pas pour vous mais pour moi il m'en faut pas plus pour me filer la banane. Un plaisir simple.

vendredi 29 avril 2011

ma main dans ton disque

coucou, revoilà ma mimine dans ton skeud. Aujourd'hui c'est down to the bone de Sylvain Chauveau, album de reprises de Depeche Mode qui a droit à un traitement royal. Ça se passe ici

jeudi 28 avril 2011

written in waters

15 mars 1991.
Ça vous dit peut-être rien cette date mais pour un bon paquet de musiciens, il s'agit de l'an 1 d'une nouvelle ère. Slint sortait dans une indifférence générale spiderland, portait la sécheresse en étendard, la bave aux commissures des lèvres, l'envie de bouffer tout le monde doublé d'une résignation, d'une folie intériorisée jusqu'à la maladie, d'une rage comme on en avait peu vu jusque là.
Quatre années plus tard Ved Buens Ende sort written in waters et applique à la lettre près les préceptes de spiderland. Au métal. Sinon quel intérêt ?
Présentation pour commencer : VBE est un trio formé en 1994 à Oslo par Carl-Michael (drums, vocals), Vicotnik (guitars, vocals) et Skoll (bass), norvégien de son état donc (comme son nom l'indique) pratiquant un black metal progressif d'avant-garde. Ils sortent leur première démo en 1994, those who caress the pale qui est sensé poser les bases de leur son  mais ne prépare en rien à l'excellence de written in waters. Leur métal est...comment dire...ordinaire. Très mélodique certes, pas mauvais, mais n'arrivant pas à la cheville de bergtatt d'Ulver, sorti la même année. Toutefois on repère çà et là quelques signes avant-coureur de l'excellence de written in waters notamment sur le morceau those who caress the pale, alternant rage froide à la Slint et influences cold wave à la Cure du début des 80's.
Pas de quoi écorcher un chat me direz-vous. Voire même pas de quoi s'en souvenir. En gros rien ne prépare à la claque que sera written in waters l'année suivante.
D'emblée ce qui frappe sur  i sang for the swans, morceau introductif, c'est le son. Compact, dissonant, sec mais alors très sec. Les trois premières minutes, avant que les voix ne fassent leur entrée, sont exemplaires : la morgue, la rigueur de la cold wave retravaillée par le beadcrumb trail de Slint : tendu, montant progressivement, traversé par quelques fulgurances rythmiques métalleuses, le morceau atteint une sorte de climax puis se scinde en deux, repart dans une autre direction pour mieux nous préparer au retour d'un Ian Curtis, qui n'a rien demandé à personne, au chant. Secondé quelque temps plus tard par une sorte de troll dissonant venu lui prêter man forte au cas où il se sentirait pas bien. Résultat : i sang for the swans en plus d'être très puissant finit par devenir extrêmement malsain. Le morceau se termine, au bout de sept minutes par le renoncement progressif du guitariste puis du batteur exsangues, à bout de force. L'auditeur en revanche a fortement intérêt à se trouver une chaise à proximité parce qu'après ce coup de maître introductif, ce poing dans la gueule, ce qui va suivre va le sonner définitivement.
You, that may wither, second morceau, enfonce le clou en citant l'atmosphère de nosferatu man des omniprésents Slint. Seuls la voix, dans sa théâtralité limite comique, et la batterie nous rappellent que nous sommes dans un disque de métal. You, that may rappellerait plutôt que la frontière entre post-rock et métal ne tient vraiment qu'à un fil et que le sport préféré de VBE sur ce disque est d'aller explorer ces paysages dévastés en toute inquiétude.
It's magic porte plutôt mal son nom ou alors fait référence à la magie noire tant le morceau fait flipper. En associant la dissonance des voix, des choeurs hantés, it's magic touche au malsain, à l'étrangeté, ajoutez à cela des changements de rythmes permanents et on finit par se retrouver complétement largué en plein milieu d'une messe noire sacrificielle.
Fin de la description de ce disque de malade, il y a encore six autres morceaux, tous aussi déments, malsains, passionnants, oppressants.
Written in waters se déroule, se dévoile donc au travers de neuf morceaux, longs, sinueux, addictifs, étranges.Morceaux progressifs, extrêmement tendus dévoilant des influences diverses et variées : le  jazz (le jeu du batteur sur coiled in wings notamment,  la reprise hallucinante, méconnaissable des feuilles mortes de Kosma ou encore le final free-jazz de remembrance of things past), la cold wave (remembrance of things past) , le post-rock (Slint donc influence majeure et incontestée de written in waters), le métal de VBE n'en a que les atours. Il est une sorte de réceptacle, de guide, de repère vers lequel VBE revient, pour se rassurer,  de ses longs voyages vers des contrées inexplorées (quoique, le dernier morceau, au bandonéon, est comme une dérive en mer, seul ).
Written in waters est l'unique album sorti par VBE. Comme le spiderland de Slint, il est passé complétement inaperçu. Comme Slint avec le rock, VBE a réécrit l'histoire du métal en y ajoutant un chapitre, celui du post-métal. La différence avec Slint est que si spiderland est connu et reconnu comme étant un mètre-étalon du rock actuel, written in waters est loin d'avoir le même statut auprès de la communauté métalleuse. Le seul équivalent que je lui connaisse, c'est le de ware hound de Lugubrum, descendant direct de cet excellent et mythique written in waters.

mercredi 27 avril 2011

toumastin

Bon allez, on remballe les fusils, la bile, les crachats, on déballe le tapis orange (pas rouge, faut pas déconner non plus) pour le nouvel album de Tamikrest. Souvenez-vous, il y a quatre mois, j'en parlais dans des termes fort peu sympathiques. Pas antipathiques non plus mais de là à s'émerveiller sur adagh, il y a un pas que je ne me permettais point de franchir.En revanche sur toumastin je me permettrai de le franchir ne serait-ce qu'en y apposant le doigt de pied. Tout n'est pas encore formidable, génial ( pour preuve le limite atroce dihad tedoun itran,slow libidineux digne du still loving you de Scorpions) mais on sent une belle marge de progression que Tamikrest n'hésite pas à envoyer valser.
Le fond est toujours le même : un rock touareg classique de fort belle facture auquel s'ajoute une touche psyché, une autre dub afin de rénover un genre qui commence quelque peu à tourner en rond depuis Tinariwen. Mais là où adagh était une tentative prometteuse malgré tout, toumastin va plus loin en y ajoutant de belles idées : des cuivres jazzy ainsi que la petite touche dub sur nak amadjar nidounia, une orientation plus rock (aratan n tinariwen) voir carrément folk ( le très beau addektegh). L'ensemble paraît bien plus abouti qu'adagh et, en dépit d'une fin calamiteuse, donne franchement envie d'y retourner une fois l'album terminé.
Mais ne nous trompons pas : là où Tinariwen rend sa musique indispensable en y ajoutant un fond politique ( the radio tisdas session et amassakoul ont une tension, une urgence que n'atteindra jamais Tamikrest), Tamikrest élargit  son tishoumaren en y greffant des éléments extérieurs (dub, rock, jazz, psyché) mais l'édulcore en y enlevant toute sa sève contestataire. Parfois on se dit qu'on tient là un beau guide touristique avec youyous féminins, chant lancinant et guitares bluesy de rigueur. C'est sympa, souvent très beau, quelque fois fascinant ( aidjan adaky) mais il lui manque un je-ne-sais-quoi pour devenir indispensable. Peut-être se libérer de l'influence castratrice de Tinariwen ou alors d'un vécu, d'une expérience qui leur font cruellement défaut jusque là. Gageons qu'au vu des progrès effectués en seulement deux albums, le CO pourrait arriver plus vite qu'on ne le croit. C'est beau l'optimisme tiens.

Autrement l'album est en écoute intégrale sur deezer, à vous de chercher. Faudrait peut-être pas croire que je vais vous mâcher tout le boulot non plus hein ? Tas de feignasses tiens.

dimanche 24 avril 2011

la saloperie du dimanche

Vous connaissez Jarvis Cocker ? , vous connaissez Pulp ???
Question existentielle de première importance : ça donnerait quoi Pulp si Jarvis avait puisé ses racines chez Didier Barbelivien ? S'il était un auteur/compositeur de merde ?? S'il était français et en pleine possession de sa folie créatrice au milieu de la décennie 80's ?
Cette question vous tarabuste , vous taraude ? Laissez moi vous présenter Lionel Kazan, le Jarvis Cocker franchouillard. Ecoutez "tout pour elle" ou au moins allez jusqu'au refrain, vous comprendrez ce que je veux dire. Tout different class y est résumé en moins de vingt secondes.
Sur que Pulp a du se passer en boucle ce CO présent sur la face B du 45 tours kamikaze (ou pas). C'en est troublant.

mercredi 20 avril 2011

houdini

Comment parler objectivement d'un disque qui, il y a pas loin de vingt ans,  vous a littéralement retourné les tripes ?
Comment parler du choc reçu quand, chez le disquaire du coin (paix à son âme), tu lui demandes : "tiens c'est quoi ça ??" en désignant le choc à venir en question, "tu peux me faire écouter ?? "et que lui te réponde : "ça devrait te plaire."
Commet décrire la sensation éprouvée aux premières notes quand la basse envahie la pièce, énorme, répétant ses motifs inlassablement seule dans son coin, que le batteur limite l'utilisation de sa batterie de cuisine à seulement deux cymbales et que le chanteur vous susurre à l'oreille ses obscénités (he said I'm just a little fascinated by the female form...well i've a flair for porno...) d'une voix presque à bout de souffle.
Comment décrire, enfin, quand arrive le refrain avec ses cuivres semblant être passés à l'envers, cette sensation, cette immédiate chair de poule qui vous prend et ne vous lâchera plus tout au long de cet album.
Alors ?
L'écoute, tout simplement.
Parce qu'aucun mot n'arrivera à décrire vraiment ce que j'ai pu éprouver la première fois qu'(a) man ray, introduction du houdini de Long Fin Killie, a atteint mes oreilles, mon nerf auditif et enfin ce qui me sert de réceptacle à musique. Rien ne pourra décrire la sensation dès les premières notes quand mon cerveau, une fois atteint par cette musique, a commandé au système nerveux central le garde à vous de toute ma pilosité et a décidé sans que je ne consente à quoi que ce soit que le plaisir éprouvé serait proche de celui d'un toxico lors de son premier fix.
Rien ne peut se substituer donc à une écoute.C'est pour cette raison que je ne m'amuserai pas à décrire cet album de Long Fin Killie, que je connais sur le bout des ongles, usé jusqu'à la corde, je n'essaierai pas non plus de décrire  les heures passées dessus à essayer d'en décrypter chaque accord, chaque variation. Non. Ce serait plutôt vain de ma part. Je me contenterai simplement de souvenirs liés à houdini, d'absences enfumées sur how I blew it with houdini, d'abstraction de la notion d'espace-temps  sur love smothers allergy et sa rythmique hypnotique de malade, de la surprise créée par Mark E Smith et ce rire final échappé du it's spooky de Daniel Johnston & Jad Fair sur the heads of dead surfer, des frissons causés par corngold, sa magie, sa fragilité ou, pour terminer la fascination exercée par la voix de Luke Sutherland tout au long de l'album et notamment le final d'unconscious gangs of men.

La découverte de ce groupe fut pour moi une sorte d'accident. Et ce n'est même pas suite à une critique dithyrambique d'un quelconque canard mais simplement parce qu'houdini est sorti sur le label anglais le plus excitant/exigeant des années 90, qui ne sortait à cette époque que des classiques (eva luna de Moonshake, le dry de Pj Harvey, lido de Th' Faith Healers, quique de Seefeel, entre autres) à savoir Too Pure.
Et enfin, pour tout vous dire, ce qui me troue le fondement avec ce  disque, ce n'est pas sa beauté, la fascination qu'il exerce encore sur moi depuis août 1995 et ce malgré des écoutes répétées non, c'est tout simplement le fait qu'il soit passé quasi inaperçu. Long Fin Killie n'a eu aucun succès, rien, peau de balle. A peine un succès d'estime. Le groupe s'est dissout après trois albums sortis entre 1995 et 1997. Outre houdini, valentino, second album, est  tout aussi indispensable. Seul l'effet de surprise créé par houdini le met en deçà de ce dernier. Amelia par contre n'a ni la fulgurance, ni la beauté des deux premiers. L'ordinaire commence à entrer dans la composition du groupe, brisant sa singularité. Si vous voulez connaître ce que sont devenus les membres du groupe après dissolution, Beach Boy et son blog vous le diront mieux que moi.

mardi 19 avril 2011

Hoarau

Fini de lézarder, de se la couler douce, de regretter le temps béni où je pouvais écouter des galettes sur une platine qui les faisait tourner à une vitesse approximative de 33 tours/mn, fini ce temps là. Je sens que je vais noyer ma dépression actuelle en me jetant dans l'écoute de toutes les musiques pouvant me passer entre les mains, les oreilles, etc....
Je pourrais vous parler dans cette note du dernier Kode9, du prochain Joan Of Arc, du Mick Harvey mais comme je suis une grosse feignasse qui prend tout son temps, je n'en ferai rien.
Non, je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais en ce début d'année j'avais fait une note sur l'album de Tamikrest. Je la terminais en parlant d'un petit bonhomme réunionnais, petit par la taille mais au talent inversement proportionnel justement. Danyel Waro. Qui a sorti l'an dernier un double album, aou amwin, qu'on peut en toute objectivité qualifier de magnifique. Resituons le sieur pour ceux qui ne connaissent pas : Danyel Waro (Hoarau pour l'état civil) est un musicien réunionnais, contemporain et ami du très très grand Alain Peters (le Nick Drake réunionnais, ni plus ni moins, auteur d'un indispensable, que dis-je, crucial paraboler) adepte d'un maloya classieux qu'il maîtrise sur le bout des doigts. Le gars est aussi un conteur de grand talent doublé d'un chanteur d'exception. Donc si on résume : Waro est une sorte d'ancêtre du slam, autarcique limite autiste, traçant son sillon dans son coin, n'ayant jamais changé de cap sur un seul de ses albums, d'une intransigeance et d'un talent rare, d'une grande honnêteté, fait rarissime en ces temps.
Danyel Waro a donc sorti en 2010 un aou amwin magnifique et, fait suffisamment exceptionnel pour être signalé vu que c'est la première fois que ça lui arrive, ouvert aux autres, sur le monde. Le fond est toujours le même, une maloya digne, pure, mais plus repliée sur elle-même.Waro ouvre son monde aux polyphonies corses d'A Filetta sur deux morceaux (très bons, ne pas croire que les corbeaux d'I Muvrini ou Patrick Fiori aient gangréné toute la musique corse), au rap avec une reprise d'un de ses morceaux avec le rapper sud-africain Tami (mandela), rend hommage à Alain Peters en utilisant son instrument de prédilection (la takamba) sur les excellents alin et kansa et nous concocte un double album bourré jusqu'à la gueule (pas loin de deux heures tout de même avec deux morceaux marathons de 21 et 17 minutes) de mélodies, d'humilité, de percussions hypnotiques. Ajouté à cela la voix profonde, habitée, digne des meilleurs instruments peuplant cet album, de Danyel Waro et vous obtenez une musique profondément insulaire, personnelle et néanmoins complétement universelle et parfaitement hypnotique.
Par contre, autant le dire tout net, si le résultat est grandiose, gare à l'indigestion. Deux heures de maloya peuvent paraître un tantinet lourd et l'ennui peut parfois poindre le bout de son nez. Pourtant il y a quelque chose de grand, une beauté qui transparaît , un profond respect pour les traditions et une envie d'évasion  qui rendent ce maloya indispensable. Bref, la mutation opérée par Waro est une réussite quasi totale et aou amwin est à deux cheveux ou un doigt, à vous de choisir, du CO. Rien que ça.




Pour une introduction au maloya, voir ici .