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samedi 27 octobre 2012

Th' Faith Healers : lido

Samedi jour du saigneur et du psychopathe.Veille du jour du seigneur, l'autre.
Pour ce faire, va falloir monter dans la delorean et bloquer les compteurs en 1992. Plus précisément juin. Pourquoi ???
Parce que je bosse à une trentaine de bornes de mon habitation principale.
Et alors ??? je vois pas bien où est le rapport.
Simple, mon con : pendant une bonne trentaine de minutes je me retrouve seul avec mon moi, mon ça et surtout pas mon surmoi dans ma voiture, auto-radio à fond. Hors pour satisfaire mon ça, il me faut de la musique qui dépote grave. Et depuis quelques semaines, tourne en boucle dans la caisse le génialissime lido de Th' Faith Healers.
Pour les ignorants qui ne connaitraient point Th' faith Healers,  c'est trois bucherons anglais, une serial killeuse, deux albums sur le meilleur label anglais des années 90 ( à savoir too pure), deux compiles (L' et les peel sessions), quatre EP pour quatre d'existence et une empreinte indélébile dans le rock anglais des années 90 voir au-delà (de mon point de vue hein). Une discographie en dent de scie (pour résumer : imaginary friend : bof ; L' : carte de visite rêche et fort prometteuse mais en deçà des capacités du groupe) mais avec un everest qu'aucun groupe indie, à ma connaissance, n'est parvenu à dépasser depuis 1992, date de la sortie de lido. En quoi lido est un everest au juste ? Simple : lido a su élever la tension au rang d'art . Ça fait un peu juste comme argument me direz-vous. Probablement mais dès que this time vous heurte les tympans, vous savez que vous êtes foutus, que vous en prenez pour trois quart d'heure sans pouvoir vous en défaire, accro à l'adrénaline qu'il dégage. Mais pas une adré polissée, gentille, calibrée pour une jeunesse révoltée en chemise à carreaux et jeans troués, non, là c'est directement Leatherface, le gentil gars spécialisé dans le taillage de bavettes façon XXL, qui vous susurre ses douces contines au creux de l'oreille. Enfin susurrer n'est peut-être pas le terme adéquate, à moins que le papier de verre version tesson pilé soit d'une douceur incomparable à vos oreilles.
Vous l'aurez capté, l'une des singularités de Lido est d'être rêche, très rêche, sans aucune compromission, sans un pet d'humour, carburant à l'urgence. Pour ce faire le groupe a viré les guitares pour les troquer contre des tronçonneuses, dégagé les grilles d'accord pour ne laisser que le strict minimum de notes, n'a pas tenu à s'emmerder également  avec l'accordage des instruments préférant laisser ça aux premiers de la classe et surtout a passé des heures voir des jours à réviser son Can pour en saisir la substantifique moelle.Car lido est peut-être l'un des rares descendants valables du groupe Allemand. Cette intransigeance, ce jusqu'au boutisme, ce besoin constant d'expérimenter dans son coin, d'aller au bout de leurs idées rappelle le Can de la grande époque.
A une différence près : Can expérimentait dans un cadre (que le groupe envoyait la plupart du temps valser) pop (pour rappel , vitamin C, mushroom) . Ici, que nenni. Enfin presque. Si le cadre reste pop (morceaux entre trois et six minutes, mémorisables), lido est tout de même joué par une véritable bande de psychopathes. Le guitariste ne joue pas mais scie littéralement ses cordes, chaque coup porté par le batteur semble faire hurler de douleur ses fûts, le chant de Roxanne Stephen n'est pas de plus adaptés ( franchement, quand elle chante l'amour, je n'aimerais pas être le partenaire en question. Il suffit d'écouter love song pour comprendre que sa perception de l'amour est différente de tout un chacun), seul le bassiste semble apporter un équilibre somme toute précaire à  cette bande de malades mentaux. Et pour appuyer ma thèse sur la psychopathie de ce groupe, il suffit d'écouter les deux derniers morceaux (et les six précédents), deux extrêmes. Quand le groupe calme le jeu en sortant les guitares acoustiques (it's easy being you), essaie d'être un tant soit peu léger, il ne peut s'empêcher de saboter la chanson en utilisant une sorte de tronçonneuse électrique qui vient la défigurer en plein milieu. Mais le pire dans lido c'est quand le groupe revisite à sa façon madchester ou encore le come together de Primal Scream sur spin 1/2 : ça pue la sueur, le sang, c'est la fête au travers du regard d'un psychopathe que rien n'affecte hormis la vision du sang. On imagine sans difficultés ce morceau en bande son du american psycho de Brett Easton Ellis  ou en B.O des chiens de paille de Peckinpah. on imaginerait même tout l'album illustrant ce film.
 Pour apporter une note "raisonnable" à cet album de déviants, je dirais que le seul morceau sensé dans ce grand disque, c'est la reprise absolument formidable du mother sky de Can. Le groupe a su en capter l'essence tout en gardant la tension inhérente à l'album. Bref, mother sky s'imbrique dans lido sans qu'on ne perçoive de différence au niveau des compositions.Preuve de la haute tenue de lido.

Alors au vu de la description que je viens d'en faire,vous me direz qu'il faut être un brin pervers pour s'envoyer ça à fond dans la caisse pendant une bonne demi-heure. Je vous rétorquerai que non, bien au contraire. Lido est tellement tendu qu'il sert littéralement de catharsis avant d'aller au boulot. La tension est si vive qu'on se dit que rien ne pourra être pire dans les huit heures qui suivront.Du coup, c'est la zen attitude en arrivant.
 Parce que, contrairement à d'autres,  j'ai aussi oublié d'être con.

mercredi 20 avril 2011

houdini

Comment parler objectivement d'un disque qui, il y a pas loin de vingt ans,  vous a littéralement retourné les tripes ?
Comment parler du choc reçu quand, chez le disquaire du coin (paix à son âme), tu lui demandes : "tiens c'est quoi ça ??" en désignant le choc à venir en question, "tu peux me faire écouter ?? "et que lui te réponde : "ça devrait te plaire."
Commet décrire la sensation éprouvée aux premières notes quand la basse envahie la pièce, énorme, répétant ses motifs inlassablement seule dans son coin, que le batteur limite l'utilisation de sa batterie de cuisine à seulement deux cymbales et que le chanteur vous susurre à l'oreille ses obscénités (he said I'm just a little fascinated by the female form...well i've a flair for porno...) d'une voix presque à bout de souffle.
Comment décrire, enfin, quand arrive le refrain avec ses cuivres semblant être passés à l'envers, cette sensation, cette immédiate chair de poule qui vous prend et ne vous lâchera plus tout au long de cet album.
Alors ?
L'écoute, tout simplement.
Parce qu'aucun mot n'arrivera à décrire vraiment ce que j'ai pu éprouver la première fois qu'(a) man ray, introduction du houdini de Long Fin Killie, a atteint mes oreilles, mon nerf auditif et enfin ce qui me sert de réceptacle à musique. Rien ne pourra décrire la sensation dès les premières notes quand mon cerveau, une fois atteint par cette musique, a commandé au système nerveux central le garde à vous de toute ma pilosité et a décidé sans que je ne consente à quoi que ce soit que le plaisir éprouvé serait proche de celui d'un toxico lors de son premier fix.
Rien ne peut se substituer donc à une écoute.C'est pour cette raison que je ne m'amuserai pas à décrire cet album de Long Fin Killie, que je connais sur le bout des ongles, usé jusqu'à la corde, je n'essaierai pas non plus de décrire  les heures passées dessus à essayer d'en décrypter chaque accord, chaque variation. Non. Ce serait plutôt vain de ma part. Je me contenterai simplement de souvenirs liés à houdini, d'absences enfumées sur how I blew it with houdini, d'abstraction de la notion d'espace-temps  sur love smothers allergy et sa rythmique hypnotique de malade, de la surprise créée par Mark E Smith et ce rire final échappé du it's spooky de Daniel Johnston & Jad Fair sur the heads of dead surfer, des frissons causés par corngold, sa magie, sa fragilité ou, pour terminer la fascination exercée par la voix de Luke Sutherland tout au long de l'album et notamment le final d'unconscious gangs of men.

La découverte de ce groupe fut pour moi une sorte d'accident. Et ce n'est même pas suite à une critique dithyrambique d'un quelconque canard mais simplement parce qu'houdini est sorti sur le label anglais le plus excitant/exigeant des années 90, qui ne sortait à cette époque que des classiques (eva luna de Moonshake, le dry de Pj Harvey, lido de Th' Faith Healers, quique de Seefeel, entre autres) à savoir Too Pure.
Et enfin, pour tout vous dire, ce qui me troue le fondement avec ce  disque, ce n'est pas sa beauté, la fascination qu'il exerce encore sur moi depuis août 1995 et ce malgré des écoutes répétées non, c'est tout simplement le fait qu'il soit passé quasi inaperçu. Long Fin Killie n'a eu aucun succès, rien, peau de balle. A peine un succès d'estime. Le groupe s'est dissout après trois albums sortis entre 1995 et 1997. Outre houdini, valentino, second album, est  tout aussi indispensable. Seul l'effet de surprise créé par houdini le met en deçà de ce dernier. Amelia par contre n'a ni la fulgurance, ni la beauté des deux premiers. L'ordinaire commence à entrer dans la composition du groupe, brisant sa singularité. Si vous voulez connaître ce que sont devenus les membres du groupe après dissolution, Beach Boy et son blog vous le diront mieux que moi.