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jeudi 3 mai 2012

message à caractère sexuel

J'en ai écouté des disques depuis ce début d'année.
Ouh laaaaaaaaaaaaaaaaaa.....une bonne tapée ma foi.
Des excellents, des intéressants, des intrigants, des mauvais, des comiques, des soniques, des.... enfin, de tout je vous dis. Des formats longs, très longs voir très très longs (la palme revenant au nouvel album de Dodsengel, black metal éprouvant et limite excellent, 2h30 au compteur), d'autres plus courts (regards vers Ty Segall/White Fence) et enfin, des albums surprenants. Des anomalies, des excroissances bizarres, contre-natures. Des disques d'un autre âge, d'un autre temps. En phase certes avec leur époque mais totalement déconnectés, utilisant les technologies d'aujourd'hui, certaines références relativement récentes pour mieux les exploser.
Pour tout vous dire, c'est le cas du premier album de Daughn Gibson.
Daughn Gibson est un bad guy à l'ancienne, un vrai, et tient à le faire savoir au monde entier. Vous ne le croyez pas ??? jetez un oeil à sa pochette. Photo noir et blanc, beau gosse ténébreux seul devant la glace de l'armoire de toilette à remettre correctement sa chemise, grosse thématique sexuelle sous-jacente, air satisfait du style : "toi je t'ai bien baisé hein ?!!"
Et vous savez quoi ??
Oui, trois fois oui : il nous a bien baisé.
Et dans mon cas, j'en redemande.

Commençons par le commencement :
C'est quoi au juste Daughn Gibson. C'est, comme je le disais plus haut, un bad guy (qui l'affirme, le revendique, le clame haut et fort  d'entrée de jeu ) à l'ancienne qui se serait adapté à son époque. Un héritier de Chris Isaak qui se serait enfilé (dans tous les sens du terme ???) l'album de James Blake. Mais pas que(ue). C'est également un gars vouant un culte sans bornes à Paul Quinn ou encore au Jarvis Cocker de freaks. Avec la folie de l'un (Cocker) et surtout la voix de l'autre. Un mec, comme Cocker, capable d'écrire de véritables tubes (tiffany lou, in the beginning) et une voix comme je n'en avais pas entendu depuis Paul Quinn justement. Dans le même registre, voix de velours/grave qui emporte tout sur son passage, vous me direz qu'il y a également Richard Hawley. Certes. Vous n'auriez pas complétement tort. Mais pas tout à fait raison non plus. Hawley reste dans un registre pop/rock, crooner de talent, Gibson va au-delà de ça. Lui fait dans la soul, le blues, le rock, la pop orchestrale de poche, la pop déviante expérimentale barrée (the day you were born, dandelions), l'électro. Il brasse toutes ces influences dans un format pop des plus classiques (10 titres,trente et une minutes, l'album pop parfait) mais l'impression prédominante à all hell, c'est qu'on écoute tout sauf un album pop. Ou alors une relecture barrée du freaks de Pulp, avec moins de moyens financiers encore, par un Paul Quinn pas encore bipôlaire. En tendant bien l'oreille on peut même faire attention à des fragments Scott Walkeriens (notable sur all hell, titre qui clôt l'album ou sur looking back in '99 ) issus du génial tilt.
Mais bon, si Daughn Gibson, de par sa voix incroyable, rappelle inévitablement ces gueules cassées de la musique, pour la plupart de véritables losers, il n'en possède pas moins une personnalité bien trempée. Elle façonne, lie  l'édifice plutôt bringuebalant au premier abord qu'est all hell. Fait avec quelques bouts de ficelles, pas mal d'idées et de talent. Gibson recycle pas mal de vieilles idées qu'on aurait pu croire éculées ( le trip hop notamment) mais les brasse avec suffisamment d'intelligence et d'audace  pour qu'on ait l'impression de n'avoir jamais (ou rarement) entendu ça ailleurs. Il suffit pour s'en rendre compte de jeter une oreille sur looking back in '99 dans laquelle le trip hop de Perry Blake se teinte de blues sous haute influence Walkerienne ou encore l'évident in the beginning  avec son sample de piano et surtout sa basse obsédante qu'on jurerait écrite par Peter Hook de New Order.
Mélodie entêtante, voix impressionnante, in the begininning est le tube intemporel qui pourrait plaire aux nostalgiques des voix de velours (des vieux cons comme moi quoi) comme aux gars passionnés de musique avides de sensations inédites (des vieux cons immatures comme moi quoi). En somme la prochaine hype pourrait bien se passer ici. 
Si j'ajoute qu'all hell possède également une classe innée, une  mélancolie scotchante, une intemporalité assez bluffante (a young girl's world sonne tellement comme un classique qu'il aurait pu sortir il y a cinquante ans), je crois que vous réussirez à comprendre aisément jusqu'à quel point j'aime me faire baiser de cette façon.
Alors Daughn si la baise a été intense, au point d'avoir arraché sauvagement les boutons de ta chemise, je t'en prie, n'attends pas plusieurs années pour remettre les couverts. Le manque c'est sympa, ça peut être un moteur formidable pour certains mais ça engendre une putain de frustration si énorme que la baise suivante n'en sera que décevante. Alors soit tu t'y remets maintenant soit tu arrêtes là.

lundi 21 novembre 2011

50 words for snow

C'était armé d'une volonté de fer que je comptais écrire une note sur le dernier Esoteric. Vraiment. Je m'étais préparé, avais sorti le dico à superlatifs, celui des synonymes également, mon clavier s'apprêtait à recevoir mes frappes chirurgicales avec une joie sans égale. Tout était prêt pour la grand-messe noire.
Mais non.
Entre temps une grande prêtresse a décidé de bouleverser l'ordre établi. Elle s'est ramenée comme ça, sans crier gare, c'te garce. Elle m'a pris par surprise, a jeté son dévolu sur ma pomme avec un concept-album. Vous savez, un truc pensé de A à Z sur un thème précis. Avec des paroles qui ont du signifiant selon le thème abordé et une musique généralement plus pensée que les paroles encore. Souvent, de mon point de vue s'entend, le concept-album est synonyme de pensum masturbatoire inutile et vain fait par des musiciens en mal de crédibilité.
Néanmoins il arrive parfois que certains soient réussis. C'est le cas ici avec le 50 words for snow. Le nouveau Kate Bush. Je dois vous avouer  une chose tout de même : c'est à reculons que j'y suis allé. Son director's cut de cette année m'ayant quelque peu refroidi. Mais... c'est Kate Bush. Pas un seul véritable mauvais album au compteur. Un retour remarqué et remarquable il y a six ans après douze ans d'absence avec aerial. Et six années d'absence pour  revenir enfin avec une création originale (director's cut ne compte pas, ré-arrangement de ses anciens titres). Sur la neige.
Comment décrire 50 words for snow,  la beauté de ces sept chansons sans paraître trop con, trop cucul. Je préfère botter en touche, laisser ça à d'autres qui le décriront mieux que moi. Ils parleront mieux que moi de cette sobriété remarquable, de ce piano obsédant, de pureté. De ces voix également, celle de Bush, parfaite et de ses invités (Elton John notamment : d'une gravité, d'une dignité, d'une sobriété que je ne lui connaissais pas). De ces arrangements délicats, de cette pop empreinte d'une douceur jazzy . De ces titres qui prennent tout leur temps pour se développer, s'épanouir. De la liberté qui est sienne et qu'elle embrasse plus que jamais à pleine bouche. De cette analogie que l'on peut faire entre le Scott Walker de tilt et 50 words. Mais aussi, de mon point de vue, celle faite également avec Joanna Newsom. Le succès, critique autant que commercial, de have one on me a permis à certaines artistes de pouvoir s'exprimer librement avec des morceaux de plus de dix minutes. Et, curieusement, si les morceaux de 50 words sont très longs, on en retient surtout le dépouillement, l'abstraction.
Non , je le répète,  je n'en parlerai pas. Pas suffisamment qualifié pour ça.
Je ne dirai à son propos qu'une chose :  je ne puis dire combien de mètre cube de neige Kate Bush s'est mise dans le pif pour pondre un tel album mais je ne peux que l'encourager à recommencer.
Une dernière chose encore : va falloir arrêter de sortir des disques de cet acabit cette année parce que Satan commence un peu à faire la gueule. Lui qui m'a ordonné de pondre des notes démentielles sur le Esoteric, le Blut Aus Nord et le Haemoth commence à fumer. Vous me direz, un peu de neige sur la tronche ça va le calmer. Ça tombe bien, j'ai justement un album qui pourrait  lui convenir.

lundi 26 septembre 2011

Climate of hunter


1983 dans les bureaux de virgin.
-Bon les gars, on a un problème. Et un gros. Va falloir trouver une idée de pochette pour un disque dont on ne devrait tirer aucun bénéfice sauf celui du prestige de vouloir se tirer une balle dans le pied.
-Vous êtes sur de ce que vous avancez ?
-Affirmatif. D'ailleurs j'ai amené ici une copie de l'album en question pour que vous vous en fassiez une petite idée. Je l'aurais bien refusé mais on m'a dit en haut lieu que c'était hors de question.
-Vous savez pourquoi ?
-Il paraît que le gars est une vedette ultra connue des sixties, qu'il a été avec son groupe aussi populaire que les Beatles, que l'avoir signé redorerait le blason de virgin. Mais là, à l'écoute de sa galette, j'affirmerais sans trop me planter qu'on est quelque peu dans la merde. Il y a pas de tubes là-dessus, rien. A peine une chanson. Vous verrez, à la seconde plage, le gars des claviers est resté bloqué sur une note. Et la troisième, y aurait du potentiel mais ça décolle pas, ça évolue pas, y a un refrain certes mais ça vaut pas les petits gars que je viens de signer, simply red qu'ils se font appeler.Eux savent écrire des tubes, je peux affirmer sans me planter qu'on devrait se faire des couilles en or avec eux. Mais je voudrais pas vous influencer, écoutez, vous me direz ce que vous en pensez.
Il ouvre la platine, pose le disque. L'écoute commence. Une demi-heure passe. Climate of hunter se termine. En prêtant bien l'oreille on entend plus que les flatulences des drozophiles.
-Euhhh.................... là c'est clair qu'on est mal. Vous en avez pensé quoi vous autres ?
-Ben, on va pas se faire de thunes avec ce gars, ne nous faisons pas d'illusions.
-Musicalement, y aurait-il un pécore qui pourrait me dire ce qu'il en a pensé ?
-C'est clairement du caca. Ca groove pas du tout, la voix est trop mise en avant, les arrangements paraissent datés et certains effets sont ringards. En un mot comme en cent, ça vaut pas Simply Red.
-Merci pour votre point de vue. Y-a-t-il quelqu'un d'autre pour prendre la parole à propos de ce disque ?
Vous là-bas dans le coin : on vous entend pas, vous bougez à peine, si vous pouviez ne pas être là...
-Qui, moi ???
-Oui, vous !!
-Ok. Vous voulez mon avis ??? vous allez l'avoir. Ne nous voilons pas la face, on va pas faire de ventes. En revanche, contrairement à mon connard de collègue sur la droite, j'affirme haut et fort que Simply Red c'est du caca qui va certes nous rapporter du pognon mais qu'en matière de crédibilité on va y perdre. Manquerait plus qu'on récupère UB40 et là on tiendrait le pompon. Sinon pour tous les ignares présents dans cette salle Scott Walker a effectivement été une idole avec son groupe the walker brothers dans les années 60. Il a sorti par la suite quatre albums complétement différents de ce qu'il produisait avant. Cet album que vous venez d'entendre, c'est un putain de chef-d'oeuvre à côté duquel vous allez tous passer bande de branleurs. Les arrangements ne sont pas datés bien au contraire, ils sont intemporels et au service d'une voix magnifique. Ce mec c'est the voice. Presley et Sinatra sont des petits joueurs à côté de lui. Sa démarche est radicale certes mais il arrive à faire sonner ses invités comme personne. Vous avez vu ?? Billy Ocean est excellent et même l'autre endive de Knopfler sonne comme du Walker et pas Dire Straits. Rien que pour ça je dis qu'il devrait être déifié ce mec. Climate of hunter est un disque exigeant, qui ne prend pas ses auditeurs pour des cons, évite toute facilité. Alors évidemment il y a pas de mélodies évidentes, de trucs à fredonner sous la douche, pas de refrains qu'on retiendra dès la première écoute mais une atmosphère unique qui, mais ça ne reste que mon point de vue, passera les années sans perdre une once de mystère. Vous jouez en effet votre crédibilité en ne le sortant pas. Il est des disques dont on sait pertinemment qu'ils deviendront culte sans faire de vente. Scott Walker fait parti de cette catégorie d'artiste, ça vous défrise probablement la chicorée mais ce n'est pas de ma faute si vous n'êtes qu'une bande de mécréants attirés par le pognon tel des mouches par la merde. On parle pas fric là on parle musique. On parle même de création, d'image.
-Ok, ne nous énervons pas. Ce sera tout ? Bon on va tout de même passer à ce qui nous intéresse, à savoir la pochette.
Vu la musique un pendu ça serait de circonstance non ? Un truc morbide, je sais pas moi, un zombi bouffant un vinyle marqué Scott Walker dessus. Ou alors un truc chiadé, hyper stylisé, un paysage dans la brume d'où émergerait une main ensanglantée et au-dessus il y aurait marqué climate of hunter en lettres rouge sang.
-Mais putain vous en tenez une couche !! Vous avez écouté l'album oui ou merde ??!!! C'est un truc sobre, sombre, exigeant, quelque chose dans lequel on nous invite à rentrer, qui demande une attention particulière. On est pas chez Iron Maiden ou Scorpions là. Il faut une photo, simple...
Bon ça va........ virez moi ce gusse... il commence à me courir sur le haricot avec ses théories fumeuses sur la musique. La musique c'est un produit, une marchandise. On se doit de faire du profit avec. Ca s'arrête là. Si vous voulez travailler dans l'industrie musicale, prenez un instrument n'importe lequel et faites des notes avec de façon plus ou moins harmonieuse. Après, tout est affaire de commerce. Point barre. Fin du brainstorming, rentrez chez vous, merci.

N'empêche. Je ne sais pas comment s'est déroulé la première écoute du climate of hunter chez virgin mais j'imagine très bien la gueule des commerciaux découvrant cet ovni. Une tête de trois pieds de long, en train de s'arracher les cheveux pendant l'écoute, en se demandant comment ils vont arriver à vendre ça.
Pour tout dire, je l'ai retrouvé dans ma discothèque, dépoussiéré, enlevé les moisissures, remis sur la platine et pris une bonne claque. La production sent en effet les années 80 avec ce son de basse pourri, slappé mais la voix de Walker, imposante, impériale colle un paquet de frissons monumental et le contenu est intemporel. Climate of hunter est barré, beau, expérimental, il enterre définitivement les années pop et sert de transition afin de préparer la population ébahie au radical tilt à venir une bonne dizaine d'années plus tard. Mais c'est une autre histoire que je vous narrerai une prochaine fois.