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mercredi 18 mai 2011

Kosten que deviens-tu ?

Comment concilier sa passion pour l'électro barrée, le jazz, le rock, la musique expérimentale, les B.O, Talk Talk, le classique sans se barrer dans tous les sens ?? Dure équation à laquelle a du se résoudre à répondre David Kosten quand il a créé son groupe Faultline.
Ben ouais, souvenez-vous : en 1999, sortait de nulle part closer colder. Album électro-expérimental d'un musicien doué à l'appétit gargantuesque. Le mec capable de tout ingurgiter et de le recracher de façon cohérente sur un disque barré. Le mec aime la drum & bass ? pas grave, il en fait un morceau. Il aime aussi  la trompette, le jazz de Miles Davis? Il en fait aussi un morceau. Et plutôt que de se faire chier à faire deux morceaux distincts, il réunit les deux, imbrique dans ce même morceau son amour pour Talk Talk  et pond un mute d'une beauté à chialer. Le genre de titre qu'aurait surement fait Davis s'il était intéressé à l'électro, ou derrière lequel court Matt Elliott depuis qu'il a créé son Third Eye Foundation. Un truc tendu, crépusculaire, immédiat. Magnifique.
Pour Talk Talk,c'est plus simple, il s'administre les services de Mark Feltham et le tour est joué, l'influence digérée. Pour le reste en revanche, Kosten ne fait aucun choix. Et c'est tant mieux. Tout y passe :  le classique, qui déboule sans crier gare en plein milieu d'un morceau électro-rock tendu à l'extrême, ou alors en tant qu'ambient, placé au début d'un papercut furieux. L'expérimental, stressant au possible, sur un tiny consumer qui n'en finit pas de commencer, bourré de ruptures. Les B.O et son amour pour les ambiances des films de Lynch sur un closer colder anxiogène, utilisant la voix de Dennis Hopper dans blue velvet.
Bon je dis pas que tout est réussi dans cet album, control notamment, long et un peu pénible ou encore salt, mais Kosten avec closer colder démontrait qu'il avait des idées à revendre, qu'il savait les agencer de façon à passionner, qu'il pouvait concilier tension et création en électro.
La suite donnée à ce très bon closer colder en revanche fut une putain de douche froide. Kosten, à la recherche d'un succès, a tenté une approche pop de son électro et s'est lamentablement vautré avec un your love means everything que beaucoup de critiques ont essayé de nous vendre comme étant la plus belle vessie lanterne sortie en 2002.Un truc mou du genou, chiant comme c'est pas permis, lisse, sans vie, propre sur lui, sans prise de risque aucune. Toujours est-il que depuis neuf ans et le naufrage qu'est your love,  on est sans véritables nouvelles de Kosten, on sait qu'il fait le producteur pour Bat For Lashes ou Joseph Arthur. Mais de là à ce qu'il se remette un jour à composer...

jeudi 7 avril 2011

humanization 4tet

En jazz, je l'avoue sans honte, je suis d'une nullité crasse. Incapable d'expliquer pourquoi j'aime telle ou telle galette. Le love supreme de Coltrane, je le trouve magnifique mais de là à y trouver une spiritualité, un accomplissement créatif, j'en reste dubitatif (j'aimerais assez qu'on m'explique). Je perçois certaines choses mais n'arrive pas à me les expliquer. Et de toutes façons je lui préfère d'un poil de cul d'avance my favorite things, porte d'entrée inégalée (et inégalable) au jazz, qu'il soit free ou classique.
Ce préambule passé, j'avoue aussi apprécier voir même plus que ça encore, le free-jazz. Enfin j'aime le free quand il reste dans des normes audibles ou pas. J'aime le fait qu'il soit déviant, se barre n'importe où sans prévenir, nous laisse sur le carreau dès les premières secondes pour nous rattraper, nous happer dans les dernières .Une illustration peut-être ? l'album electricity d'Humanization 4tet, parfait équilibre entre traditions et modernité, free et classique. Tu apprécies le jazz ? mais aussi les B.O des années 70, la soul, le blues, l'expérimental ? Humanization 4tet te propose tout cela et bien plus encore. Une relecture et un digest de quelques six décennies de jazz : du cool jazz au free en passant par l'avant-garde ou le jazz-rock,  auquel se raccrochent pas mal d'autres styles parce que les gars d'Humanization 4tet n'ont pas écouté  que ça et que ça transpire au travers de leurs compositions. Leur guitariste Luis lopes par exemple n'a pas été biberonné qu'au jazz, son jeu paraît plus sortir du manuel du rock voir de l'expérimental que du jazz. Pas de solo de merde, pas de démonstration prise de tête du genre je descends mes gammes comme un malade et je vous emmerde, pas du tout. Plutôt un jeu privilégiant l'intinct, sans fioritures, débarrassé de toute technique. Les frères Gonzales à la rythmique (contrebasse et batterie), s'ils ont été forcément influencés par leur père (le grand Dennis), semblent s'affranchir de son influence via le rock (two girls par exemple, osmose parfaite entre jazz et rock, l'impression que Miles Davis s'est invité sur un morceau de Morphine). Seul Rodrigo Amado, tenor sax (ce qui paraît être d'une évidente lapalissade pour quelqu'un pratiquant  le sax), échappe (et encore) à ces influences.
La rencontre de ces fortes têtes donne un résultat que je qualifierai tout simplement de brillant. Equilibre quasi parfait entre mélodies et expérimental, free et classique tout en étant très abordable,d'une dynamique peu commune, ce genre de galette devrait limite être remboursé par la sécu. Porte d'entrée idéale pour le monde parfois hermétique du free-jazz au même titre que le zero degree music d'Adam lane Trio, electricity sait s'adapter au néophyte  tout en étant d'une intégrité remarquable. Autant le dire, chez moi, l'écoute d'electricity me procure un panard assez monumental. Le dernier disque estampillé jazz à m'avoir fait cet effet était celui de Dennis Gonzales justement, qui avait terminé album de l'année en 2009. Excellent quoi.