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lundi 19 mars 2012

Julia Holter

Après la méchante note merdique sur un disque plutôt quelconque après écoute au casque (on dira qu'il y a trois ou quatre excellents morceaux), je vais devoir me rattraper aux branches et proposer quelque chose de solide si je ne veux pas passer pour un gros con qui s'enthousiasme pour le premier groupe venu.
C'est déjà fait ???
Vraiment ???!!!!
Bon ben je vous emmerde.
Au moment où je m'apprêtais à écrire une note magnifique, comme d'habitude,  sur un disque encore plus magnifique que ma future note, une pensée, un doute est venu effleurer mon esprit : dois-je ?
Oui dois-je ??
Dois-je salir de mon écriture fielleuse, imprécise, un disque dont la beauté immaculée ne pourra être que souillée par ma pensée malséante ?
Oui.
A l'origine, ekstasis de Julia Holter ne m'a pas emballé plus que ça. Loin de là. Pas de répugnance non plus, ni d'indifférence. Seulement sans m'avoir plu, il en est ressorti quelque chose de bien plus intéressant  qui ne m'était point arrivé depuis longtemps : j'ai été intrigué. Pas par les mélodies, non. La première écoute m'ayant quelque peu dérouté, je n'ai rien bitté des mélodies. Le seul sentiment qui en est ressorti c'est : bordel de moi-même, c'est moi ou c'est space ??
En y réfléchissant bien, c'était pas moi. L'univers de la galante Julia est tout de même un brin spécial.  Si vous cherchiez un point commun entre Lynch, The Knife, Broadcast, Young Marble Giants, Nico et Kate Bush, n'allez pas plus loin. Procurez-vous ekstasis, appuyez sur play et laissez vous embarquer dans un imaginaire d'apparence glacé mais bouillonnant d'idées. Chaque morceau se suffit à lui-même, a une vie qui lui est propre, un univers à part, bourré de références et ne ressemblant à rien de connu, piochant ça et là dans le répertoire évoqué ci-dessus, brassant toute sorte de styles comme l'électro, le free-jazz, le drone, la musique concrète ou encore l'experimental.
Vous me direz qu'au vu la description faite juste avant, ça ne peut que se barrer dans tous les sens. Comment rendre cohérent tous ces styles sans que ça ne tourne au capharnaüm ?  La solution choisie par Julia Holter est simple : il suffit de faire rentrer tout ça, avec marteau et burin de rigueur, dans un format pop. Son talent, outre celui de V.R.P de  Bouygues pour la pop, est de créer des compositions uniques, d'être une véritable aventurière. N'hésitant pas à prendre des risques, à flirter avec le ridicule (que de réverbérations, d'échos dans ce disque), piocher dans le répertoire des 80's (d'aucuns parleront de Laurie Anderson), sa pop baroque déroute en premier lieu puis finit par fasciner. Fasciner parce qu'elle met à jour une part d'enfance dans ce qu'elle a de plus cauchemardesque :  la solitude, le repli sur soi, le développement de l'imaginaire pour faire face à une situation intolérable (Für felix ou moni mon amie s'apparentent à des comptines innocentes, toutes douces mais échappées de l'univers quelque peu perverti de twin peaks).
Je ne vous ferai pas un rapport complet des morceaux  d'autres s'en chargeront bien mieux que moi, expliquant pourquoi  marienbad se scinde en trois parties, pour quelle raison four garden s'oriente vers un free-jazz, pourquoi sur our sorrows elle marie Broadcast à Enya tout en conservant une cohérence, un équilibre quasi miraculeux ou encore pour quelles raisons les huit minutes de boy in the moon fascinent (je me risquerais à dire que le spectre des travaux ambient d'Eno y est pour beaucoup) . Non seulement je n'ai pas les qualifications requises pour ce genre d'exercice mais je crains malheureusement de vous gonfler plus qu'autre chose. Pour ma pomme,  la seule réalité qui ressort  d'ekstasis, outre la fascination exercée par celui-ci au fil des écoutes, c'est que cet album ferait une parfaite BO pour un stand by me réalisé par David Lynch. Une sorte de rêve quoi.
Pour le coup, après plusieurs écoutes au casque, je peux l'affirmer tranquillement, sans risque de me planter (et là mon jugement n'est pas fait à l'emporte-pièce comme ma précédente note) : jusque là, avec le Tindersticks et le Ruby Throat, il s'agit ni plus ni moins d'un autre indispensable de 2012 (qui s'avère être une année d'une grande richesse en seulement trois mois d'existence).

jeudi 4 août 2011

du jazz dans le ravin.

On va la faire courte, simple, précise.
Ivo Perelman sort un nouvel album, the hour of the star.
Super.
Mais bordel c'est qui Ivo Perelman ????!!!

Comme chacun sait, Ivo Perelman est brésilien et saxophoniste pratiquant le free-jazz. Et surtout il vient de sortir, en quartet avec Matthew Shipp au piano, Joe Morris à la basse (ça ce sont des pointures ou je ne m'y connais pas) et Gerald Cleaver à la batterie, un album d'une grande beauté. Pour peu qu'on aime le jazz ou la musique en général. Parce que dans son incommensurable bonté,  Ivo Perelman, et son quartet, s'est mis en tête de s'adapter aux crétins patentés et irrécupérables dont je fais parti afin de leur faire partager un peu de savoir et de talent. Vu mon niveau, c'était pas gagné d'avance.
N'empêche.
Tout le talent d'Ivo Perelman dans cet opus est de proposer à l'auditeur un free-jazz intelligent, intelligible, abordable. Souple, véloce tout en étant tendu, partant dans des directions inattendues tout en serrant la bride pour que ça ne se barre pas trop loin non plus. On sent derrière Ivo Perelman le trio entièrement dévoué à sa cause mais avec un objectif commun : rester abordable. Le troisième morceau, eleven, en est l'illustration quasi parfaite. Ivo Perelman s'aventure loin, très loin, soutenu par un trio qui, dès que celui-ci revient quelque peu frôler le plancher des vaches (ce qui n'arrive pas ou peu dans ce morceau par ailleurs), adoucit le propos en calmant le jeu, revenant parfois vers un jazz de forme classique. Là où c'est assez fort, je trouve, c'est que ce retour au classique, n'enlève rien à la puissance, à l'intensité du propos de Perelman, bien au contraire.Il prolonge la tension tout en permettant quelques pauses dans ce morceau monstre de quatorze minutes. Mais Perelman, entre deux furies free, sait aussi très bien jouer du silence. Pour preuve cette conversation entre saxo et piano lors du quatrième morceau, doux et rugueux. Cet équilibre illustre un peu ce qui fait le sel de cet album : un juste dosage entre tradition et modernité, musique savante voire d'avant-garde et musique populaire. Perelman s'adresse donc autant au cerveau qu'au coeur et ce en passant par les tripes. Le challenge était difficile et ce quartet a relevé le défi de façon brillante en faisant en sorte de ne pas laisser l'auditeur sur la touche à force d'expérimentations vaines et inaccessibles. Surtout quand on sait qu'il s'agit d'un album d'impros.
Pour un pauvre bougre comme moi qui n'y connaît pas grand chose à la grammaire jazz, ça relève un peu du miracle. Mais pour en arriver là, il a fallu tout de même qu'il produise un paquet d'albums considérable. En solo, duo, trio, c'est pas moins d'une trentaine d'albums qu'il a sorti depuis 1982. Et bien évidemment, l'ignare que je suis, viens tout juste de le découvrir. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous.

mercredi 18 mai 2011

Kosten que deviens-tu ?

Comment concilier sa passion pour l'électro barrée, le jazz, le rock, la musique expérimentale, les B.O, Talk Talk, le classique sans se barrer dans tous les sens ?? Dure équation à laquelle a du se résoudre à répondre David Kosten quand il a créé son groupe Faultline.
Ben ouais, souvenez-vous : en 1999, sortait de nulle part closer colder. Album électro-expérimental d'un musicien doué à l'appétit gargantuesque. Le mec capable de tout ingurgiter et de le recracher de façon cohérente sur un disque barré. Le mec aime la drum & bass ? pas grave, il en fait un morceau. Il aime aussi  la trompette, le jazz de Miles Davis? Il en fait aussi un morceau. Et plutôt que de se faire chier à faire deux morceaux distincts, il réunit les deux, imbrique dans ce même morceau son amour pour Talk Talk  et pond un mute d'une beauté à chialer. Le genre de titre qu'aurait surement fait Davis s'il était intéressé à l'électro, ou derrière lequel court Matt Elliott depuis qu'il a créé son Third Eye Foundation. Un truc tendu, crépusculaire, immédiat. Magnifique.
Pour Talk Talk,c'est plus simple, il s'administre les services de Mark Feltham et le tour est joué, l'influence digérée. Pour le reste en revanche, Kosten ne fait aucun choix. Et c'est tant mieux. Tout y passe :  le classique, qui déboule sans crier gare en plein milieu d'un morceau électro-rock tendu à l'extrême, ou alors en tant qu'ambient, placé au début d'un papercut furieux. L'expérimental, stressant au possible, sur un tiny consumer qui n'en finit pas de commencer, bourré de ruptures. Les B.O et son amour pour les ambiances des films de Lynch sur un closer colder anxiogène, utilisant la voix de Dennis Hopper dans blue velvet.
Bon je dis pas que tout est réussi dans cet album, control notamment, long et un peu pénible ou encore salt, mais Kosten avec closer colder démontrait qu'il avait des idées à revendre, qu'il savait les agencer de façon à passionner, qu'il pouvait concilier tension et création en électro.
La suite donnée à ce très bon closer colder en revanche fut une putain de douche froide. Kosten, à la recherche d'un succès, a tenté une approche pop de son électro et s'est lamentablement vautré avec un your love means everything que beaucoup de critiques ont essayé de nous vendre comme étant la plus belle vessie lanterne sortie en 2002.Un truc mou du genou, chiant comme c'est pas permis, lisse, sans vie, propre sur lui, sans prise de risque aucune. Toujours est-il que depuis neuf ans et le naufrage qu'est your love,  on est sans véritables nouvelles de Kosten, on sait qu'il fait le producteur pour Bat For Lashes ou Joseph Arthur. Mais de là à ce qu'il se remette un jour à composer...

vendredi 1 avril 2011

1er avril jour du poisson free

Bon : trêve de conneries, reprenons les rênes de ce blog en main et faisons de ce haut lieu de culture musicale élitiste ce qu'il devrait toujours être : un lieu de découvertes.
Programme du jour : improvisation électro-acoustique, jazz et bidouillages à tous les étages. Le tout grâce à un quintet multi-éthnique soufflant l'atomique et l'effroi, à savoir Koboku Senjû. Petit développement : l'atomique trouve son explication dans les les deux principaux membres de ce quintet : Tetuzi Akiyama (guitariste) et Toshimaru Nakamura (sequencer, blip blip en tous genres), japonais irradiés. L'effroi, via les trois autres membres : Martin Tacks (tuba), Oyvid Lonnig (trompette) et Espen Reinnersen (saxo + flûtes) musiciens de jazz émérites et (froids) norvégiens. Ensemble ils ont sorti, l'an dernier, sur l'excellent label norvégien Sofa, un album remarquable pas piqué des hannetons : selektiv hogst. Trois quart d'heures d'impro expérimentale aux confins du jazz, de la noise, du silence (beaucoup), de l'électro, du blues. Rien moins que ça. C'est assez indescriptible, faut parfois avoir les oreilles bien accrochées (fanget under giftig bark ou comment mélanger harmonieusement acouphènes et jazz à coup de 1000 hertz ), c'est souvent très beau et très très épuré.
Koboku lorgne tantôt vers les impros jazz d'un Spring Heel Jack, tantôt vers Supersilent. Comme eux Koboku apprivoise le silence, l'étire, joue avec, s'aventure parfois sur les terres peu amicales d'une ambient mal en point, créé une tension avec trois fois rien. Le résultat est tour à tour crispant, flippant, étrange et assez passionnant malgré tout. Car si selektiv hogst a les atours du disque chiant par excellence (expérimental au possible, mélodies aux abonnés absents, "bruits" stridents), il faut bien au moins quatre ou cinq écoutes pour en déceler la beauté . En gros, il faut laisser sa conception binaire, pop voir simpliste (rock ?) de la musique au vestiaire et accepter d'entrer dans un monde d'une austérité, d'une aridité sans égale. Ce disque s'apprivoise nom de dieu, c'es tpas une seule écoute qui va faire qu'on va trouver la clef pour y entrer. Alors pour une fois que je vous demande de faire un effort, faites moi le plaisir d'y jeter (et probablement d'y perdre) une oreille.Et ce, même si on est le premier avril, jour de la morue.