mercredi 27 février 2013

RIP

non pas mon blog, pas encore du moins mais j'y travaille d'arrache-pied. Seulement je viens d'apprendre la mort de Lou Bond, auteur d'un album parfait, et ce le 1er février dernier. Annoncé par un @mi parce qu'autrement, ben...ailleurs, chez les soit-disant critiques et autres défenseurs du bon goût musical, on s'en tamponne le coquillard ma foi.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas, rappel des faits ici dans mon ancien (et indispensable) blog.Sinon si comme moi vous êtes des feignasses finies, je remets le texte ci-dessous :

Il est des rééditions absolument indispensables. Des classiques passés aux oubliettes, des exhumations parfaites. L'album éponyme de Lou Bond, sorti en 1974, réédité en mars dernier, en fait largement parti. Sorti à l'origine chez Stax et réédité chez light in the attic, déjà à l'origine de la réapparition du cold fact de Rodriguez, Lou Bond est, là je vais encore faire une lapalissade, un chef-d'oeuvre. Tout simplement. Une évidence qui vous claque à la gueule dès les premières secondes. Une voix soyeuse, douce sur quelques arpèges de guitares, des cordes, des arrangements de cuivre et c'est Terry Callier période the new folk sound ou encore what color is love qui s'invite dans cette magnifique galette. Lucky me tutoie pendant 3'58 la perfection et donne le ton de ce qui va suivre. Le morceau suivant c'est la soul de Curtis Mayfield ou encore Marvin Gaye qui prend le relais, d'une délicatesse, d'une douceur bref d'une classe hors norme. Je ne sais pas qui est à l'origine des arrangements mais si on me disait que Brian Wilson avait viré sa cutie pour passer à la soul, je serais absolument enclin à le croire. Arrive ensuite Le C.O. Le genre de morceau à faire passer le pieces of a man de Gil Scott Heron ou encore le what's going on de Marvin Gaye pour de la petite bière. D'une ampleur, d'une ambition démesurée, 12 minutes de conscience sociale qui passent comme un souffle, qui nous ferait presque croire en l'existence de Dieu tant la beauté, la tristesse, la révolte, irradient ce to the establishment, vous prend aux tripes, vous les broie littéralement. Après ça , on se dit que le reste de l'album va forcément être en deça de ce coup de force. Que nenni, bordel de merde. Les trois morceaux suivants, sans être du niveau de to the establishment, sont tout simplement brillants. Let me into your life voit les arrangements de cordes de Nick Drake sur five leaves left se fondre à la perfection avec Terry Callier pour un moment de grâce folk absolu. Retour ensuite à une soul plus conventionnelle, that's the way I've always heard it shoul be comme du Al Green en lévitation ayant vraiment rencontré dieu. Du pur miel, de la soul qui parle à l'âme ainsi qu'au coeur. Enfin come on snob, ou l'équation improbable résolue de façon miraculeuse : Love + Al Green = Terry Callier, encore et toujours.
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Bon vous l'aurez compris, ce disque entre directement dans le classement dit île déserte, aux côtés de Talk Talk, Bobb Trimble, Coil, Congos, Robert Wyatt et quelques autres. Dire que je me suis pris un de mes plus gros chocs de ces dix dernières années est un doux euphémisme, il s'agit pour moi d'un véritable séisme, d'une onde de choc quasi sans précédent, d'un pur miracle. C'est pour et grâce à ce genre de découvertes que je suis encore en vie.
Bon ok, j'exagère, mais à peine. Un album comme celui-là on en voit passer un par décennie quand tout va bien. Un disque qui combine de façon aussi harmonieuse le jazz, la soul, le folk devrait être déclaré d'intérêt public, passé au patrimoine de l'unesco. Ce disque est un monument. Son exhumation tardive est ce qui est arrivé de mieux cette année. De toutes façons il suffit de jeter un oeil à la pochette pour comprendre ce à quoi on a affaire : la classe y suinte par tous les pores. C'est aussi simple que cela. Pour ceux qui mettraient en doute mes dires, jetez une oreille à ce qui suit ci-dessous. Après on en reparlera.


Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui, vous pouvez retourner à vos activités.

lundi 14 janvier 2013

Bark Psychosis : hex


Cher vinilissimo,
tu ne me connais pas mais permets moi de te dire que dans mon top d'une objectivité absolument indispensable de l'année 2012, tu viens de griller la place de la meilleure réédition vinyle de classique des années 90. Ce au nez et à la barbe d'omnivore recordings et de sa fabuleuse réédition du blue moods of Spain. Le challenge n'était pourtant pas simple : vinyles bleus translucides et ajout d'une obscure et néanmoins excellente face B sur le blue moods, autant dire que pour la plus haute marche du podium c'était plié d'avance. C'était d'autant plus plié qu'aurait du monter également  le label the numero group auteur de la ressortie de l'intégrale de Codeine.
Pourtant c'est bien toi qui les a tous coiffé sur le poteau. Et ce n'est pas sur la forme (simple, sans fioritures, pas de vinyle coloré) mais bien sur le fond que tu les as enfoncé. Car il faut tout de même le dire : ta réédition du hex de Bark Psychosis est une des rares à te donner l'envie de foutre le cd que tu possèdes depuis la sortie originale à la poubelle.
Je ne sais pas si vous vous souvenez de ma note sur le agaetys byrjun de Sigur Ros ? pour ceux dont la mémoire défaille je vous la résume en quelques mots, d'un manichéisme à faire peur : cd = has been /vinyle = the place to be.
Pour hex, ça va être encore plus radicale : l'édition cd devrait être brûlée sur la place publique.

Plus sérieusement, le hex, comme certains de mes disques, m'accompagne quasiment depuis sa sortie. C'est un disque que j'ai écouté au bas mot plus de......pffffffff....Je le connais sur le bout des doigts, chaque note me fait vibrer le diaphragme, me remue les tripes. J'en connais ses sommets (absent friend, eyes & smiles et les cinq autres titres), ses silences, ses douceurs, sa beauté.
Du moins, je croyais le connaître.
Pour vous dire, samedi, en pleine nuit, j'ai fait un truc tout con : j'ai posé le vinyle sur la platine, reçu la veille, je me suis assis sur mon canapé, poussé le volume sonore à un niveau convenable. A l'origine, je devais écouter un morceau voir si la qualité était correcte. L'écoute a débuté et au bout de cinquante minutes d'hypnose j'ai découvert que je ne connaissais rien de ce disque. Mais alors rien du tout.
Enfin si : je le reconnaissais dans les grandes lignes. Mélodies, chants, compositions étaient les mêmes. Sauf qu'une fois le saphir posé sur le sillon, tout change. L'album acquiert une profondeur, une limpidité qui vous scotchent littéralement sur votre siège. Il envahit l'espace, l'habite, le transforme. Chaque détail, chaque arrangement vous sautent à la gueule, vous remarquez des dissonances, parfois des échos auxquelles vous n'aviez jamais fait attention auparavant ( sur absent friend notamment), une séquence de piano que vous ne connaissiez pas se dévoile (toujours sur absent friend); le minimalisme, la tension, la maîtrise de fingerspit vous laissent pantois, la magnifique montée toute en douceur  et l'explosion finale d'eyes & smiles n'en finit pas de vous provoquer des frissons. Pendulum man, vous le redécouvrez :  vous le trouviez très beau, là il devient magnifique : sur les premières minutes jamais je n'avais fait attention au fait que la guitare métronomique se dédouble, dissone, joue à contre-temps au point d'avoir l'impression d'écouter une horloge;  ensuite là où je croyais n'entendre que des nappes de synthés, je perçois les trémolos des guitares proches des travaux ambient de Windy & Carl ou encore d'Eno.
Hex, dans son édition vinyle, dévoile une finesse extraordinaire, une ampleur dans le son rarement atteinte, les basses notamment sont d'une profondeur abyssale, les guitares d'une netteté, d'une subtilité presque effrayantes. La musique vous submerge dans un premier temps, vous la prenez de plein fouet, comme une vague, vous hypnotise ensuite au point de vous faire perdre tout repère temporel  et enfin vous estomaque au point d'être incapable d'esquisser le moindre mouvement  les minutes suivant la fin du disque. A la première écoute il m'a bien fallu cinq à dix minutes pour décompresser, revenir à la réalité, chasser tous ces frissons qui m'avaient envahi l'échine sans que je ne demande quoi que ce soit. Je suis resté assis dans mon canapé, comme un con, sans plus pouvoir bouger, la bave aux comissures des lèvres, la langue pendante, les yeux hagards, les oreilles et le cerveau ailleurs, haut, très haut vers une sorte de nirvana que je n'espérais jamais atteindre.

Alors cher Vinilissimo, je te le répète, ta réédition du hex surpasse toutes les rééditions que j'ai pu entendre ces dernières années y compris celle du laughing stock de Talk Talk et de l'album éponyme de Mark Hollis. Après ça, ne te reste plus qu'à t'attaquer à la réédition du génial codename : dustsucker d'un petit groupe nommé Bark psychosis, introuvable depuis des années en format vinyle et se négociant actuellement dans les 100 €.
Dans l'attente d'une réponse positive de ta part, ......

dimanche 13 janvier 2013

la saloperie du dimanche

Une bien belle découverte saloperie, je vous l'affirme !!!
Une saloperie à vous faire pousser des soupirs d'aise, voir d'extase.
Musique, chant, chorégraphie, tout concourt à faire de cette saloperie l'un des moments forts, un des moments clés de cette année 2013 qui s'annonce exceptionnelle.
L'artiste (?) enfin le groupe, semble être canadien. Le chanteur, un certain Normand (ça ne s'invente pas) Brathwaite a appris son Michel Jackson (homonyme canadien de l'autre) sur le bout des shoes et a potassé son Buggles illustré sur lequel devait manquer tous les chapitres suivant : la mélodie facile pour les nuls. Résultat des courses : un CO certifié dont je vous passe deux versions pour que vous compreniez à quel point ce titre est d'une importance capitale dans l'éducation musicale du parfait mélomane pervers.
Ah oui j'oubliais : nom du groupe : Soupir (ça ne s'invente pas). Titre du morceau : larmes de métal.
Adieu.
Version 1 : habits de lumière + chorégraphie rutilante




Version 2 : clip avant-gardiste et torturé, une sorte de Coil d'avant-garde si on cherche bien

dimanche 6 janvier 2013

la saloperie du dimanche

aujourd'hui, épiphanie oblige, hommage aux rois mages.
Bien évidemment j'aurais pu vous infliger Sheila, Galilée et peau liftée mais comme je suis un grand malade pervers et rance, ma préférence à moi ira plutôt vers Dorothée et sa fabuleuse marche  des rois.
Ça ne vous dit rien ? pas grave.
Dès que vous l'aurez écouté une fois ce sera mort : votre journée sera pourrie, vous regarderez votre galette droit dans les yeux avec une moue dépitée, plus rien ne vous fera envie hormis retirer cette scie de votre crâne. Bien évidemment vous en chierez pour l'effacer et me maudirez pour cette première saloperie de 2013, année balèze.
Bon courage et bonne année de merde.



lundi 31 décembre 2012

Dépôt de bilan 2012

Vous ne l'aviez peut-être pas remarqué mais aujourd'hui nous sommes le dernier jour de l'année 2012. Incroyable n'est-il pas ?
Qui dit dernier jour de l'année dit forcément regard nostalgique sur une jeunesse qui s'éloigne de plus en plus, sur une année écoulée forcément plus merdique que la précédente du fait du rapprochement inéluctable des douleurs arthritiques ainsi que des changes complets.
Qui dit 31 décembre dit forcément bilan et bonnes résolutions.
Les bonnes résolutions, comme les promesses, n'engagent que ceux qui y croient.
Pour 2013 par exemple j'ai décidé d'un commun accord avec moi-même, ainsi que mon moi profond, d'être moins con et moins corse ( en gros de faire plus d'une note par semaine). Connaissant mon courage, il flotte là comme un parfum d'utopie.
Pour le bilan en revanche, ça, je peux faire. Mais comme ma nature profonde a tendance à remonter à la surface très facilement, je ne vais pas trop me faire chier et balancer ce qui m'a marqué en cette excellente année musicale.
Dont acte.

Blut Aus Nord : 777 cosmosophy
Kevin Tihista's Red Terror : on this dark street
Om : advaitic songs
Ozarks :
Spiritualized : sweet heart, sweet light
Arlt : feu la figure
Jessica Pratt :
Daughn Gibson : all hell
Fabio Orsi: the new year is over
Swans: the seer
Tindersticks : the something rain
Aidan Baker : the spectrum of distraction
Chromatics : kill for love
Paul Buchanan : mid-air
Six Organs Of Admittance : ascent
Julia Holter : ekstasis
Tue-Loup : 9
Ruby Throat : O' doubt o stars
Gareth Dickson : quite a way away
Zelienople : the world is house on fire

Dordeduh : dar de duh
Getatchew Mekuria & The Ex : y'anbessaw tezeta
Barna Howard
Thomas Belhom : rocephine
Ty Segall & White Fence : hair
Francis Harris : leland
Killer Mike : R.A.P music
Avec Pas D'casque : astronomie
Mi And L'au : if beauty is a crime
Loscil : sketches from new brighton
Josephine Foster : blood rush
Bill Fay : life is people
Stagnant Pools : temporary room
The Evens : the odds
Mgla : with hearts toward none
Scott Walker : bisch bosch.


Rééditions :
Can : the lost tapes
Codeine : when I see the sun
Spain : the blue moods of
Motorpsycho : blissard
Bark Psychosis : hex

Bien évidemment, la liste est loin d'être exhaustive et peut être complétée n'importe quand, au fur et à mesure des découvertes.
Sur ce, bonne année et à l'an prochain.



lundi 3 décembre 2012

Loscil : sketches from new brighton



- Bonjour, je cherche un album doté d'une particularité peu commune voir particulière. Un disque excellent, doux, instrumental, électronique et pas chiant pour un sou. De plus, je le souhaiterais d'une discrétion remarquable. Vous avez ça en magasin ?
- Oui mon bon mossieur, j'ai ça en magasin. Un disque d'électro/ambient/dub sorti en septembre dernier sur un label pourtant remarqué et remarquable (kranky) et passé totalement inaperçu. Ça vous convient ?
- Ah ben pour sur. Puis-je savoir ce que c'est ?
- Le nouvel album de Loscil, sketches from new brighton.
- Lo-quoi ?
- Loscil, vous savez, le projet de Scott Morgan. Non ? Onze années de non-activisme chez Kranky, ça vous forge son homme hein. Huit disques à façonner le silence sous des nappes de synthé, avec des rythmes rachitiques voir inexistants, quelques glitchs obsédants, il n'y a rien de mieux pour se faire oublier. Pourtant, pas de bol pour lui, sa musique, abstraite au possible, est restée ancrée dans les oreilles de ceux qui se sont un tant soit peu intéressés à elle.
Il remet les couverts cette année avec un album dans la droite lignée des sept autres. Soit une musique abstraite, impalpable, faite de nappes phréatiques, de glitchs, de douce tension, presque sereine, semblable à du Borhen ( hasting specials ressemble à s'y méprendre à une version apaisée du black earth). L'ensemble évoque le meilleur des productions des allemands Pole ou Gas, soit un dub flirtant avec l'ambient et réciproquement.
- Ça fait pas un peu musique d'ascenseur votre truc là ?
- Cela pourrait mais non, il y a suffisamment de mouvements internes dans cette musique, de remous, de luttes intestines pourrions-nous dire,  pour éviter tout ennui justement. Scott Morgan sait doser parfaitement contemplatif et tension, mélodies et abstraction, jouer avec les oscillations pour tenir  l'auditeur dans un état de rêve éveillé voir de sidération  (fifth anchor span et sa sourde mélancolie qui vous prend à la gorge sans jamais rien lâcher). Pour reprendre votre expression, si ascenseur il y a, celui-ci ressemblera plus à un téléphérique à mi-parcours au dessus de l'océan, dont le câblage est en train de lâcher, qu'à un ascenseur du Ritz. Vous avez le droit de vous sentir protégé voir d'être comme dans un cocon mais il  existera toujours une tension qui vous empêchera de réellement vous apaiser. Tout l'intérêt de sketches from new brighton repose justement sur cette tension qui traverse le disque de part et d'autre, alternant morceaux contemplatifs voir sereins (second narrows et son dub relaxant)  et d'autres en apparence calmes.
L'album semble d'une platitude effarante et pourtant en y prêtant une oreille attentive, on se rend compte que, la plupart du temps, Scott Morgan innove. Son ambient, son dub, on a l'impression de les avoir entendu mille fois au travers de l'oeuvre de Gas mais étrangement, cette tension sourde, ce rappel au jazz, cette atmosphère de menace évoquent plus le doom de Borhen.
 Bref, vous vouliez un album fort discret, qui ne fasse pas de vagues ?? En voilà un donc. Et en sus, son créateur se permet même d'inventer un nouveau genre : l'ambient doom. Si c'est pas une particularité particulière, je veux bien bouffer ma collection complète de vinyles de Vilaine Fermière. Et rassurez-vous, il passera encore de nouveau et à jamais inaperçu et n'intéressera personne hormis des pélos comme vous. Cerise sur le gâteau, comme on dit : la pochette est aussi discrète que le contenu. C'est pas beau tout ça ??

mercredi 28 novembre 2012

Spain au 6par4

Le concert de l'année. Ni plus, ni moins.
Normal, c'est le seul que je suis allé voir cette année.
Que je vous explique tout de même : je suis allé dimanche, à Laval en Mayenne, voir Spain au 6par4. Non, ce n'est pas la capacité d'accueil des spectateurs de la salle mais bien les mesures de la scène accueillant les groupes.Bande de mécréants va.
Mais je m'égare.
Or donc : Spain.
J'arrive, accompagné de femmes, enfants, veaux, vaches, cochons, enfin en famille quoi, dans ce qui ressemble à l'antichambre d'une EPHAD tant la moyenne d'âge des spectateurs fait peur à voir. Avant que Josh Haden et sa bande n'envahissent la scène, je regarde autour de moi, voir si je suis le seul pré-quadra de la salle, puis me fais peur en me demandant si je ne me serais pas télétransporté à une séance d'enregistrement de questions pour un champion voir des chiffres et des lettres. Limite que je renfilais ma blouse d'infirmier pour la distribution des médocs. Mais hé, pas cons les gars du 6par4 : programmer un concert le seul jour où n'est pas diffusé questions pour un champion, et ce dans le même créneau horaire (entre 18 et 19 heures), relève du génie marketing pur et simple. Chapeau bas les gars.

Qu'à cela ne tienne, le concert commence. Josh arrive, cool, loin de l'image classe du blue moods, avec chemisette, jean, lunettes, gueule mal rasée et coiffure débraillée.Le gars empoigne sa basse, jette un oeil sur sa gauche à son guitariste, sur sa droite à son claviériste puis se retourne et attend le signal de son batteur. Le concert commence par un titre du dernier album. Le son est clair, massif pourtant il semble bien fatigué le Josh, le regard perdu dans ses chaussures ou les yeux clos, c'est au choix, chantant néanmoins divinement. Pour le moment il fait son job, de façon pro mais impersonnelle. Fin du premier morceau, applaudissement polis de la salle. Idem pour le second. Arrive ensuite ray of light et là le concert commence à décoller. Josh prend de l'assurance, se détend et c'est parti pour près d'une heure et demie de concert. Piochant dans tous les albums de Spain, le répertoire se répartit entre quelques morceaux pop de i believe (un ou deux, pas plus), she haunts my dreams pas mal de the soul of spain (normal me direz-vous c'est celui dont ils assurent la promo) et la quasi totalité du blue moods (ne manquera à l'appel que it's so true). La répartition se fait de façon homogène entre morceaux introspectifs et pop mélancolique (magnifique it all went wrong, frissons à la pelle, je vous le garantis). Plus Josh et sa bande déroulent leurs titres, plus il se détendent et meilleure devient la réception du public, la qualité du concert allant crescendo donc. Néanmoins, celui-ci aurait pu être fabuleux si Josh n'avait pas confié la lead guitare à Jean-Michel Apeuprès. Parce que le gars à sa gauche.....comment dire....n'avait ni le toucher, ni la fluidité de Ken Boudakian, guitariste du premier album. Le pauvre hère s'en sortait très bien sur les morceaux rapides, pop, des derniers albums mais alors quand il s'agissait de jouer ceux du blue moods et notamment les soli, c'en devenait catastrophique : fausses notes à répétition, gammes descendues à l'aveugle et soli approximatifs écourtés de façon éhontée. Mes oreilles ont failli  saigner plus qu'à leur tour. Heureusement pour lui les autres musiciens assuraient le sauvetage en vol et rattrapaient ses erreurs notamment le claviériste/guitariste rythmique qui parvenait à se recaler à chaque fin de solo sans que cela ne gêne vraiment de trop pour qui ne s'est pas enfilé quelque centaine de fois le blue moods.

A part ce bémol, récurrent certes, de véritables moments de magie. Le premier rappel, spiritual, d'une limpidité, d'une beauté confondantes. Le morceau à te faire prendre la soutane illico et passer le restant de tes jours à communiquer avec dieu via Josh Haden. Si le morceau passe un peu inaperçu  en fin d'album, en concert il prend une toute autre dimension : spiritual s'adresse curieusement d'abord à l'âme, puis au cerveau et enfin descend aux tripes via l'échine. Le son vous enveloppe, l'orgue vous happe,  vous êtes présent dans la salle mais en état de lévitation permanente. Les larmes finissent même par vous prendre par surprise. L'enchaînement avec untitled #1 permet de redescendre quelque peu mais à peine. La salle, qui attendait ce morceau depuis le début, est à l'unisson du groupe qui semble prendre véritablement plaisir à jouer. Pour preuve, Haden ouvre les yeux sur la salle et voit que nous ne sommes qu'une poignée de spectateurs (une centaine tout au plus) transis d'amour pour sa musique.
En regardant la set-list du concert, une fois le groupe barré de la scène, je vois que celui-ci (le concert; pas le groupe) devait s'achever avec world of blue. La réception du public fut telle sur ce morceau que le groupe n'a pu s'empêcher de revenir jouer deux rappels. Avec cet aparté, j'en viens donc au moment fabuleux du concert : world of blue. Comment dire : si la musique de Spain sait se faire douce, pop, parfois nerveuse, pas grand chose ne pouvait laisser transparaître les quinze minutes apocalyptiques de ce morceau. Celui-ci commence comme sur le disque : basse omniprésente, lente, très lente, très très lente, une note toutes les trois ou quatre secondes, batterie feutrée dans un premier temps. Lentement mais sûrement le morceau monte, la tension devient de plus en plus palpable et là où sur disque le morceau devient quasi évanescent, en concert le chaos finit par l'emporter. Il est vrai que tout au long du morceau et au vu de ce que le groupe était capable de produire sur scène, vient se poser la question des limites qu'il pouvait se donner en matière de chaos. Réponse cinglante : aucune. Le batteur cogne sur ses fûts sans trop se soucier de ses partenaires, Haden et sa basse jouent au métronome et semblent ne plus faire qu'un et enfin les guitaristes ne répondent plus de rien. Au fur et à mesure qu'avancent les minutes, le morceau ne leur appartient plus ou plutôt revient de droit à un autre groupe capable de jouer à deux à l'heure sous tension extrême : Low. World of blue en concert c'est la mue d'un groupe sage, propre sur lui, en un groupe toujours propre sur lui mais nettement plus inquiétant car capable de véritables coups de sang, voir de massacres sous ses airs gentillets .Un truc à vous faire exploser les sonotones et  sauter les râteliers des rares personnes âgées encore vivantes au bout d'un quart d'heure de chaos. Un véritable bonheur avec décrochement de mâchoire, bras ballants et frissons vous secouant la paillasse. Une apothéose.
Après réflexion et évacuation des corps du 6par4, il apparaît tout à fait logique que le morceau suivant world of blue soit spiritual.  Mise à mort plus messe dans un même concert, Spain a pensé à tout.