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lundi 12 décembre 2011

Mi And L'au(ve)

Pour tout vous dire, je comptais mettre ce blog en veilleuse.
Vous l'avez remarqué : je ne poste plus depuis une bonne semaine. Pas la faute au ras-le-bol, ce n'est même pas ça. Seulement depuis que j'ai changé d'affectation, je suis de moins en moins disponible, je n'approche du PC et des nouveautés que de loin  . La faute au boulot en y réfléchissant bien.
Et puis c'est la fin de l'année, plus rien ne sort en cette époque de bilans et autres merdes où chacun établira sa vérité incontestable en matière de brillants albums sortis cette année. Toujours est-il que 2011 n'est pas encore morte qu'on commence déjà à recouvrir le cadavre. Voir même à le massacrer de façon éhontée à bon coup de pelles dans la gueule. Histoire de bien la défigurer. L'auteur de ce massacre se nomme Mi And L'au. Groupe finno-français plus finaud que français (je sais, elle était inévitable). Déjà coupable d'avoir sorti deux albums remarquables (mi and l'au donc en 2005 et good morning jokers en 2009), ils sortent un if beauty is a crime pas piqué des hannetons. Selon le communiqué de presse Mi And L'au aurait abandonné les guitares pour sortir un album synthético-cabaret à faire passer les albums post felt mountain de Goldfrapp pour de doux et subtils essais sur la pop électronique. Ajoutez à cela que le duo se serait déplacé de la France (Paris si je ne me trompe) à l'Espagne, pays de la corrida, du chorizo et de la feria comme chacun sait. Toutes ces informations contribuaient à attiser ma curiosité de façon malsaine. Je me demandais bien ce que pouvait donner ce neo-David Guetta à la sauce finnoise.
Résultat alors :
Vous avez passionnément aimé mi and l'au et good morning joker ? vous adorerez également if beauty is a crime.
Mi And L'au fait du Mi And L'au, point barre.C'est un fait acquis, y a pas à tortiller.
Que ce soit avec ou sans guitares, le groupe fait peu ou prou le même album, creuse son sillon dans son coin, inlassablement, en se foutant royalement du qu'en dira-t-on.
La grosse nouveauté d'if beauty vient donc de l'abandon des guitares. Pas la queue d'une, rien. Peau de balle, que dalle.
Et alors ? ben on n'en a pas grand chose à foutre qu'elles aient été abandonnées sur le bord de la route comme des malpropres.Au contraire. Le groupe se réinvente sans rien changer. Même ambiance de cabaret de fin du monde, même neurasthénie, même beauté mélancolique.L'identité est si forte, l'empreinte si marquée, que s'ils utilisaient des binious ou des didgeridoos pour leur nouvel album, ça ne changerait rien à l'essence du son, à la beauté du truc. Ils sont malheureusement condamnés à ne produire que d'excellents disques. Pas grave me direz-vous, quand la qualité est au rendez-vous (comme le superbe valdren, lointain cousin de transparent, ou encore l'Aphex Twinien sauce mi and l'au one day).
Si  good morning joker tutoyait les sommets, if beauty, de par sa constance dans l'excellence finit par les atteindre. L'album élague, coupe, ratiboise au fur et à mesure qu'il avance, se débarrassant de tout oripeau inutile  pour ne plus conserver que l'essentiel, à savoir le silence. Faisant de leurs albums précédents des monstres d'opulence à la Brian Wilson au niveau arrangements. Warrior, morceau concluant if beauty en est l'exemple le plus éclatant. Flirtant avec l'ambient via Aphex Twin, le morceau finit par inviter les miniatures de Satie puis le silence et enfin s'éteindre en douceur.
A mes oreilles, Mi And L'au franchissent un nouveau palier dans l'excellence. Force est de le constater. Se renouveler autant sans rien changer force même le respect. Moralité : je suis à genoux et ne peux que m'incliner devant tant de beautés. If beauty is a crime tourne donc en boucle depuis quelques jours et devrait continuer à me hanter plus encore que ne l'a fait good morning joker.Pas un mince exploit. Je le rappelle pour mémoire : good morning joker avait terminé dans le trio de tête en 2009. M'est avis que if beauty va finir seul au sommet en 2012. en tous cas il est bien parti. Comme 2012 me direz-vous. Certes.

mercredi 8 juin 2011

Dora l'exploratrice

Je disais hier, dans ma note dépressive, qu'un disque m'avait donné l'envie d'y retourner.De taper de nouveau sur le clavier pour écrire des conneries un tant soit peu pertinentes.
Pour ça, va falloir que je sorte l'artillerie lourde, que je range ma connerie au placard et que j'utilise mon temps de cerveau disponible pour dire le bien que je pense d'un disque sans paraître trop con parce que je sais pertinemment que l'auteur du dit disque (belle formule n'est-il pas ?) va me lire et me vouer aux gémonies si je lui dis simplement : j'aime beaucoup ce que vous faites (ou pas).
Or je sens que je vais me faire jeter comme un malpropre car oui, Delphine Dora (maintenant vous comprenez une partie de mon titre de note d'une rare subtilité), j'aime beaucoup ce que vous faites. Je viens de télécharger a day in contrast, votre nouvel album sorti le 24 mai dernier (en téléchargement libre, je précise.Je ne tiens pas être assimilé à un pirate de la pire espèce, mon sens de l'honneur s'en trouverait pour le moins froissé. ) et je dois avouer que ça m'a quelque peu retourné. Bon morning sun à la première écoute, ça l'a fait moyennement. Pour tout dire la voix m'a chiffonné. Disons que j'apprécie moyennement voir peu certains accents Joséphine Fosterien de la chose, je la préfère quand elle prend une direction Julie Doironienne. Néanmoins musicalement parlant, ça tient parfaitement la route. On retient de morning sun une douce cacophonie parfaitement maîtrisée, comme une séance d'accordage des instruments avant la générale, ça part dans tous les sens, c'est limite bordélique mais tout en douceur. On comprend qu'avec morning sun,  on va entrer dans un disque qui flirtera avec le classique (faut pas être sorti de St Cyr pour le comprendre non plus hein ). Ce à quoi on ne s'attend moins en revanche c'est à la direction que va prendre ce disque. Classique certes mais ça peut très bien tourner vers une pop légère à la Divine Comedy ou vers quelque chose de sombre à la Tindersticks.Pas du tout, a day in contrast lorgne vers d'autres compositeurs, d'autres rivages. Ici sur road to nowhere ou the violence of storm, ce sont les miniatures de Satie via le drukqs d'Aphex Twin qui s'invitent, là sur an infinite sadness c'est max Richter ou encore Star Of The Lids voir Michael Nyman qui déboulent sans crier gare. Le résultat est pas loin d'être vraiment bluffant. J'émettrai quelques réserves aussi sur meditations on landscape, morceau un peu trop démonstratif à mon goût, agaçant car le très beau alterne avec une sensation de vide, de technicité qui me rappelle les disques de Sylvain Chauveau.En revanche prayer to the immensity, qui conclut cet album, est impressionnant. Delphine Dora expérimente, chante dans une langue inconnue de mes esgourdes, invente avec peu de choses (un piano, un violoncelle) un paysage désertique, glacé, effrayant par moment,  proche, très proche de certains morceaux du premier album de Cynthia Dall ou du free folk du dernier  Fursaxa. Pas moins. Voyez le niveau de la chose donc.
A l'écoute de a day in contrast,  on comprend que Delphine Dora n'a pas la prétention de vouloir faire un CO, c'est clair. Son disque, malgré cette froideur apparente, est terriblement humain, fait de fulgurantes beautés et d'imperfections. Un disque modeste qui ne cherche en aucun cas l'esbroufe mais s'aventure à pas de loup vers des paysages peu visités par des musiciens français actuels. Elle se présente doucement, à son rythme, plus crédible qu'un Sylvain Chauveau (encore lui me direz-vous), comme un alter ego français de Max Richter. Reste à savoir deux choses : quels territoires Delphine Dora aura envie d'explorer (Dora, explorer, vous comprenez  ??) dans ses prochains disques et surtout espérer qu'elle ne se repose pas sur ses lauriers en ayant trouvé une formule qu'elle déclinera à l'infini comme Max Richter peut le faire dans ses derniers disques. C'est tout le mal qu'on peut lui souhaiter. En attendant a day in contrast est une belle surprise qui a réussi au moins une chose chez moi :  me donner l'envie d'y retourner. C'est pas loin d'être énorme.


Pour écouter/télécharger a day in contrast, allez faire un tour ici